Depuis son élection en mars dernier, M. Ries a fait de l’Eurodistrict une des priorités de son mandat.
De quoi s’agit-il ?
« Donner un statut à l’Eurodistrict pour mettre fin à la pesanteur administrative et juridique qui règne jusqu’ à présent. Cela passe par l’accroissement des compétences et son inscription dans le cadre de l’Europe »(Strasbourg magazine septembre 2008).
Les représentants du Parti Communiste Français, du Parti Ouvrier Indépendant et du mouvement « Pour la République Sociale » lui ont adressé le 10 juillet une lettre ouverte pour exprimer leurs craintes que l’Eurodistrict ne soit une zone de non-droit social.
M. Ries leur a répondu le 18 septembre. Cette réponse ne fait qu’accentuer nos inquiétudes. Avec l’Eurodistrict, il s’agit de faire passer par en bas la politique qui est rejetée par en haut ; de faire passer au niveau transrégional la politique qui a été rejetée, au niveau national, par les peuples en France, aux Pays-Bas et en Irlande qui a voté NON au Traité de Lisbonne.
Sur la base des propos et propositions du maire de Strasbourg, il est de notre de responsabilité d’informer les citoyens de Strasbourg et des communes de la Communauté Urbaine de Strasbourg : loin de remettre en cause les directives imposées par l’Union Européenne, l’Eurodistrict, selon nous, les aggraverait.
Inquiétudes exagérées ? Jugez-en !
- L’Eurodistrict, zone de régression sociale et de casse des acquis sociaux ?
L’Eurodistrict, un cadre pour encore plus de privatisation des services publics ?
L’Eurodistrict, outil de démantèlement de la république une et indivisible et de ses acquis démocratiques issus de la révolution française ?
Concernant la défense de l’industrie et de l’emploi :
M. Ries déclare « L’un des enjeux de l’Eurodistrict est de renforcer l’attractivité économique de notre territoire et de renforcer l’emploi. Peut-être des règles plus transparentes et plus simples en matière fiscale auraient-elles permis aux groupes Heineken, Altadis et GM de maintenir ou même renforcer l’activité des sites Fischer, de la Manufacture des Tabacs et de GM Strasbourg ».
Comment ? Par de nouveaux cadeaux fiscaux ?
Alors que Strasbourg et ses environs deviennent un désert industriel du fait des délocalisations et des plans sociaux, M. Ries ne proposerait-il rien d’autre que la poursuite des cadeaux fiscaux permettant aux firmes transnationales d’engranger les profits sans pour autant protéger l’emploi ?
Concernant le Code du travail :
M. Ries affirme : « avec l’Eurodistrict, nos acquis sociaux ne sont pas en cause ».
Mais il ne nous explique pas comment ce laboratoire serait à l’abri de toute la législation européenne antisociale qui permet aux patrons de ne pas respecter le code du travail et les conventions nationales ; qui permet de payer les travailleurs à des salaires inférieurs aux salaires des conventions collectives (arrêts européens Ruffert, Viking et Laval.)
Concernant la Sécurité sociale et régime local :
M. Ries propose que « pour renforcer l’attractivité économique et sociale, l’Eurodistrict adopte ses propres règles (…) relatives à la sécurité sociale. ». Qu’est ce que cela signifie ? L’éclatement de la sécurité sociale ? De nouvelles exonérations pour les patrons ? Moins de remboursements ? De nouveaux forfaits ? Ce n’est pas d’une « sécurité sociale expérimentale » dont nous avons besoin, c’est de l’abrogation des franchises médicales et des forfaits, de l’arrêt des exonérations de cotisations, de la restitution des milliards détournés, et du retour aux remboursements de droit à 90% et 100% pour le régime local.
- Comment ne pas voir dans la proposition d’harmoniser les tarifs postaux sur le territoire de l’Eurodistrict, un accompagnement des attaques contre le service public postal fondé sur la péréquation tarifaire nationale ?
Comment nier que la coopération régionale entre une Poste française en voie de privatisation, et une Deutsche Post déjà privatisée (cotée en bourse et liquidatrice de 135.000 emplois en 10 ans) serait un pas de plus vers le démantèlement et la privatisation du service public national ?
Concernant les coopérations en matière de transports
Comment prétendre là encore renforcer les services publics, sans vouloir dénoncer les directives européennes qui imposent leur privatisation ?
Par exemple, comment une coopération entre une SNCF sommée de s’ouvrir à la concurrence, et une Deutsche Bahn en voie de privatisation et d’introduction en bourse, serait-elle de nature à renforcer le service public ?
Concernant l’Education,
M. Ries ne dit pas un mot des dizaines de fermetures de classes dans sa commune mais il salue, dans Strasbourg-Magazine, la venue de Xavier Darcos pour l’inauguration de l’Ecole européenne. Alors que Darcos entend supprimer 13.500 postes dans l’Education Nationale à la rentrée prochaine (après les 11.200 cette année), détruire les RASED, détruire l’école communale (avec la mise en place des EPEP), détruire le lycée et le baccalauréat, casser le droit de grève des enseignants avec le service minimum d’accueil, … M. Ries ne retient de M. Darcos que son engagement euro-catéchistique : « c’est aussi à l’école que doit se forger l’esprit européen de nos enfants ».
M. Ries se défend de « vouloir créer un Etat indépendant sur les rives du Rhin ». Mais comment ne pas nourrir une telle crainte :
alors qu’il dit vouloir faire de l’Eurodistrict « un territoire expérimental en matière de régime fiscal », « une zone d’expérimentation inégalée pour harmoniser l’assiette de certains impôts » ?
alors qu’il qualifie les lois nationales « d’entrave à la vie commune dans notre région » ?
alors que le maire de Kehl se demande publiquement si l’Eurodistrict ne doit pas avoir son propre Parlement et son propre gouvernement ?
Alors que le rejet des institutions européennes grandit, la promotion de l’Eurodistrict s’efforce de jouer la carte du souffle nouveau, du pique-nique sympa au jardin des Deux-Rives (« le laboratoire d’un nouvel art de vivre l’Union européenne »)
Créer un nouveau territoire, en arguant de commodités pratiques et du thème de l’amitié entre les peuples, c’est poursuivre la liquidation de la république et de ses acquis !
Explorons ensemble d’autres voies pour l’amitié et des coopérations entre nos peuples !