En réaction à cette conception belliqueuse et réactionnaire de la nation et de son rôle, l’internationalisme fut, pour les exploités, classe ouvrière en tête, la meilleure des armes pour défendre ses intérêts économiques au niveau national tout en s’opposant à ce que ceux-ci le soient au moyen de l’asservissement des peuples colonisés. Tout au long du XIXe siècle, l’expansion de la notion d’internationalisme est donc une nécessité politique, accompagnée par tous les grands progressistes. Elle trouve son aboutissement dans la I
Cependant, c’est avec la Première guerre mondiale et la Révolution soviétique que le grand tournant a lieu. C’est sur ce fond historique qu’est consommée la grande rupture du mouvement ouvrier mondial, entre ceux pour qui la priorité est de détruire le capitalisme, responsable du désastre, et ceux qui les ont trahis quatre ans plus tôt, préférant l’alliance avec les fauteurs de guerre à l’union de toutes les victimes. La social-démocratie était dans le second camp. Elle a montré tout l’intérêt qu’elle portait à la défense de la paix lors du vote des crédits de guerre et de son entrée dans « l’union sacrée » des marchands de canons. Elle ne dévoilait ainsi que les aboutissants de ses positions sur les questions nationales. Capable d’être le pire chantre du colonialisme, elle justifie celui-ci par le fait que « des États, surtout en Afrique, en Asie, en Océanie, qui bien que souverains [!], n’ont pas le degré de culture suffisant pour être en état de se gouverner eux-mêmes » [1] (dixit le socialiste H. Lévy-Bruhl). Pareillement, on voit Karl Kautsky refuser aux minorités nationales de l’empire austro-hongrois la liberté de séparation. Dans le même temps, la social-démocratie est capable du pire nationalisme en période de crise, brandissant à la fois le drapeau de la haine et de la collaboration de classe, que ce soit à la veille de 1914 ou en votant les pleins pouvoirs à Pétain.
Par la suite, les actions et les positions des chefs socialistes ne se démarquent que très peu de celles de la droite. Pendant les guerres de décolonisation, on les voit même aux avant-postes de la défense de l’Empire. Un Guy Mollet, ne jure-t-il pas, la main sur le cœur, que la France mène une « guerre propre » en Algérie [2] ? Dans la casse de l’industrie, nous pouvons même dire que les capitalistes doivent une fière chandelle aux gouvernements Fabius, Rocard ou Jospin, pour ne parler que de la France. Enfin, sur la politique internationale, la totale adéquation des points de vue entre conservateurs et socialistes n’est plus à démontrer. Quel président s’est le plus rapproché de l’OTAN si ce n’est Mitterrand ? Que ce soit en Irak, en Yougoslavie ou en Afghanistan, les évènements récents sont encore là pour nous rappeler si c’était encore nécessaire, que jamais la social-démocratie ne se dévêtit de son uniforme de va-t-en guerre.