Après la victoire du NON en Irlande lors du référendum du 12 juin, on a vu se rejouer la même pièce que le soir du 29 mai. PGE et PCF se félicitent du résultat mais se dépêchent de réaffirmer leur attachement à l’UE. Graziella Mascia (vice-présidente du PGE) déclare que « la campagne du non en Irlande ne doit pas être vue comme un non contre l’Europe, mais […] une idée alternative d’une Europe sociale et démocratique. ». De son côté, Marie-George Buffet déclare dans l’Humanité du 14 juin que, « comme les Français en 2005, ils ont dit “Non” pour un traité meilleur, pour une autre Europe » et appelle Nicolas Sarkozy à profiter de la présidence française de l’union pour renégocier « sur la base de l’intervention et de la consultation des peuples ». Autant demander à un pyromane de protéger une forêt !
La campagne des élections européennes de 2009 se construit dans le prolongement de ces positions. « Relégitimer l’UE » passe par le dessin d’un nouveau traité « vraiment » social. L’ombre du plan B (ou C, ou Z) se rapproche à grands pas. Francis Wurtz lance dès cet été la rédaction de « cahiers de la vérité et de l’espoir » (sic !) pour sonder la population sur ce qu’elle attend de l’UE. La revendication par d’anciens défenseurs du non de gauche d’une assemblée constituante européenne (Olivier Besancenot) ou encore d’un mandat constituant pour la prochaine assemblée européenne (José Bové) est aussi présente. Si l’on ajoute à cela la revendication par les socialistes d’un traité social, nous découvrons que la gauche, du Oui et du Non, n’exprime aucune divergence fondamentale sur la question européenne.
Trois scénarios, plus ou moins crédibles, se présentent alors :
compte-tenu du mode de scrutin et conformément aux engagements pris par la direction au sein du « comité de liaison de la gauche » dont elle n’arrive ou ne veut pas se défaire, une liste commune avec le PS n’est pas à exclure tout à fait.
malgré l’échec patent des collectifs antilibéraux, une nouvelle forme de rassemblement – avec un nouveau nom – entre le PCF et des groupuscules « altereuropéistes » reste une tentation présente, particulièrement pour satisfaire l’aile refondatrice du parti.
enfin, le martelage incessant auprès des militants (Francis Wurtz écrit toutes les semaines dans l’Humanité-Dimanche !) en faveur d’une réorientation de l’UE et d’une promotion du PGE comme cadre politique efficace fait craindre la présentation de liste étiquetée GE.
Dans tous les cas, on constate une nouvelle fois une recomposition politique qui conduit à l’effacement du PCF dans une échéance électorale cruciale. Celle-ci était en effet l’occasion pour le parti d’affirmer son opposition à l’Europe du capital, à contre-courant de tous les autres mouvements de « gauche ». Cet effacement se fait, de plus, dans le sens d’une acceptation définitive d’un réformisme européen : véritable cheval de Troie idéologique ayant pour but d’accélérer la conversion des militants aux canons de la social-démocratie par un détour européen.