Cette année, mes amis enseignants m’alertent sur une nouvelle tentative de récupération. Il s’agit maintenant de transformer l’hommage à Guy Môquet en célébration de l’Union européenne, de « l’Europe unie » à l’occasion de la semaine de propagande « L’Europe à l’école » pour reprendre le texte de la circulaire du directeur général de l’enseignement scolaire.
Comme beaucoup mes camarades, au cours de ma déportation, comme déjà dans la Résistance en France, nous avons naturellement fraternisé avec des résistants de tous les pays. Cette solidarité s’est avérée décisive pour la survie de milliers d’entre nous à Buchenwald. Les communistes allemands, autrichiens, tchèques notamment, jouèrent un très grand rôle dans la résistance dans le camp.
Les uns et les autres, nous nous sommes retrouvés unis parce que nous combattions pour l’indépendance et la liberté de nos nations respectives, contre le nazisme et son projet européen, le « Reich de 1000 ans ».
Nous combattions chacun pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour la paix, contre les conséquences des politiques menées dans les années 30.
Aussi, je n’accepterai pas que soient aujourd’hui instrumentalisés notre engagement, le sacrifice suprême de certains d’entre nous, pour la cause d’une Union européenne militarisée, construite contre les acquis sociaux et démocratiques nationaux, contre la souveraineté des peuples, telle qu’elle s’est par exemple exprimée lors du référendum de 2005 contre le projet de constitution supranationale.
Chacun, chaque ancien résistant, peut avoir son opinion sur l’UE. Les autorités françaises n’ont pas le droit de travestir l’engagement des patriotes pendant la Résistance, pour l’indépendance des nations, l’amitié entre les peuples, la paix.
Emile Torner, ancien déporté-résistant, Buchenwald-Langenstein, KLB – 81655.
20 octobre 2008