La libre circulation des marchandises et capitaux qui a impliqué une concurrence forte et accrue, aggravée par les différents accords de libéralisation du commerce mondial, a accentué les fragilités des secteurs productifs nationaux en même temps qu’elle accélérait le passage d’importants centres de décisions nationaux et secteurs stratégiques du pays aux mains du grand capital étranger.
L’union économique et monétaire et l’imposition des critères du Pacte de Stabilité ainsi que le transfert à la Banque Centrale Européenne de la conduite d’une politique monétaire unique, s’est traduit par la récession et la stagnation de l’économie ces dernières décennies et par une importante perte de compétitivité.
La Banque Centrale Européenne, avec sa politique monétaire centrée sur l’objectif exclusif de la stabilité des prix, a pénalisé la croissance et l’emploi des pays au développement plus faible comme le Portugal. C’est cette politique de réduction du déficit qui a servi à justifier les plans de régression sociale : déréglementation du marché du travail, destruction du droit à la santé et à l’enseignement.
Ces attaques ont pris, avec le gouvernement PS de José Socrates, un caractère d’offensive globale, visant à la reconfiguration de l’Etat démocratique issu de la révolution, en réduisant le poids des divers services publics et des fonctions sociales de l’Etat et en amplifiant le processus de privatisation. Une offensive qui s’est faite, encore une fois, en référence aux orientations de la stratégie de Lisbonne et du pacte de stabilité [2]. C’est en référence à ce dernier, que le Commissaire Almunia a dit qu’il ne suffit pas d’accomplir le programme actuel de réduction du déficit de 3% jusqu’à 2008, mais qu’il faut aller plus loin afin d’arriver à une « position proche de l’équilibre budgétaire », c’est-à-dire du déficit zéro. Pour se conformer au pacte, le gouvernement de Lisbonne vient de lancer une « réforme » dans le service public afin de réduire les dépenses et le nombre de ses fonctionnaires.
Les Portugais n’en finiraient pas de remercier l’Union Européenne pour ses bienfaits nous dit-on. En mai 2007, la grève générale de grande ampleur, touchant la quasi-totalité de la production du pays, semble donner un autre ton. [3] Autre évènement passé sous silence dans les médias, le 18 octobre 2007, à Lisbonne où se tenait le sommet « informel » qui accoucha du traité modificatif, 200 000 personnes manifestaient contre le nouveau texte à l’appel de la CGTP-IN [4] et du Parti Communiste Portugais. Ce fut la plus grosse manifestation depuis plus de 20 ans.