NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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Peloille, Bernard, Critique de la raison européenne : I- La matrice de l’union aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 2006

dimanche 4 janvier 2009, par Benjamin Landais

Compte-rendu de lecture pour La Pensée (4 janvier 2009)

Alors que le projet de Constitution européenne cherchait en 2005 à franchir une nouvelle étape dans la construction d’une entité supranationale au niveau du continent, ce livre vient à point nommé pour nous éclairer sur la genèse théorique des projets d’Union européenne aux deux derniers siècles de la période moderne. Fondée sur une critique serrée du Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé de Saint-Pierre (1713), l’analyse s’étend aussi à un corpus très large de textes, longuement cités et commentés, de philosophes, juristes, politiques et diplomates de cette époque (entre autres Leibniz, Kant, Rousseau, Herder, Loyseau, Saint-Simon, Colbert, Fénelon, Sully ou Bossuet). L’ampleur des références nous permet d’échapper à l’analyse anhistorique que nous propose la propagande europhile des antécédents apparemment les plus présentables de l’idée européenne aujourd’hui. Ainsi, on comprendra pourquoi la phrase de Rousseau (« Il n’y a plus aujourd’hui de François, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglois même, quoiqu’on en dise ; il n’y a que des Européens. ») souvent invoquée à tort par les européistes, recèle une critique profonde, celle d’un individu corrompu à qui importe peu l’Etat dont il suit les lois.

Tout cet ouvrage révèle à quel point les différents projets d’Union européenne conçus après la paix de Westphalie n’étaient pas en avance sur leur temps mais, bien au contraire, nostalgiques d’un ordre ancien, pré-national. L’attachement pour le Saint-Empire dans sa forme féodale, le rejet de l’Etat monarchique au profit du pouvoir naturel de la noblesse et la prédilection pour la figure du marchand au long cours au détriment du producteur pour définir la base sociale de cette Union à construire sont parmi les principaux points partagés par l’ensemble de ces projets. Bernard Peloille parvient à en dévoiler la véritable finalité grâce à la mise en perspective de ces textes avec la dynamique de la lutte des classes et sa traduction politique. Il s’agit aussi de montrer en quoi l’idée européenne souhaite s’opposer à la montée en puissance de l’Etat monarchique ou, en d’autres termes, de revenir en-deçà du développement de la formation sociale nationale.

Lire aussi "Rousseau, l’Européen ?"

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Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Benjamin Landais, Peloille, Bernard, Critique de la raison européenne : I- La matrice de l’union aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 2006, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Peloille-Bernard-Critique-de-la.html

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