Présenté sous la forme d’un manuel universitaire, cet ouvrage retrace l’histoire politique, institutionnelle et diplomatique de la communauté européenne depuis 1945. Nous y trouvons une succession de petites synthèses, étayées par la citation in extenso des textes juridiques et politiques fondamentaux, sur les principales étapes de l’histoire de la CEE et de l’UE. La perspective choisie est explicitement celle des institutions supranationales aujourd’hui situées à Bruxelles et de leurs promoteurs. De ce point de vue, les enjeux internes des débats entre représentants nationaux et fonctionnaires européens qui ont nourri la vie communautaire depuis plus de 50 ans sont rendus avec une grande clarté.
Les deux auteurs, d’origine italienne, ont choisi de consacrer plus de la moitié de leurs développements aux vingt dernières années de la construction européenne (à partir de l’Acte Unique). C’est d’ailleurs cette période, qui se termine par le « non » français et néerlandais de 2005, qui justifie le titre de l’essai.
Le lecteur est en effet assez surpris de lire dès l’introduction que l’ « idée européenne » et les modalités de la construction politique européenne ont fait l’objet d’un consensus quasi-universel jusque dans les années 1970. Seules les difficultés d’ordre économique des années 1970-1980 et la succession des référendums perdus des années 1990-2000 auraient rendu cette Europe, pourtant si sûre d’elle-même, « difficile ».
Il est regrettable que la réduction de l’histoire à un dialogue entre une poignée d’hommes politiques – confondus allègrement avec le pays qu’ils sont censés représenter – et de diplomates, parfois hantés par le spectre d’une opinion publique muette, conduise à une mécompréhension totale de plusieurs phénomènes. On peut ainsi lire, page 434, que « pour la France elle-même, le rejet du traité constitutionnel pouvait sembler une absurdité [puisque] le traité lui-même portait la marque de la France et des hommes qui avaient contribué à construire l’Europe ». De fait, sur toute la longueur du livre, il est impossible de se faire la moindre idée de la place occupée par la question européenne dans la vie des peuples.