En 2003, le taux de chômage dans l’Europe des 25 s’élevait à 9% de la population active, soit 19 millions de personnes, auquel s’ajoute le chômage non déclaré qui en toucherait 14 millions. [1] Dans un autre registre, selon la Commission (rapport annuel de 2006), un élève de 15 ans sur cinq possède des compétences insuffisantes en lecture.
Comme le rapporte le très libéral Les Echos, la Confédération Syndicale Internationale (CSI), qui fédère 300 organisations syndicales dans le monde, a publié un rapport sur l’application des normes du travail chez les Vingt-Sept. Elle y relève « des infractions sérieuses aux droits fondamentaux des travailleurs dans plusieurs pays membres de l’Union », notamment les nouveaux entrants. Les 27 pays de l’Union ont pourtant presque tous ratifié les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), mise à part la République tchèque et l’Estonie qui ont refusé les deux conventions relatives au travail des enfants. Malgré cela, on relève de graves entorses en matière de libertés syndicales, négociation collective, égalité hommes-femmes, notamment en matière de rémunérations, ou encore de travail des enfants et de travail forcé, « certains Etats membres faisant travailler des prisonniers pour des entreprises privées ». Les femmes gagnent, en Europe, « jusqu’à 40 % de moins que leurs collègues hommes ». Mais c’est en Europe de l’Est que « la discrimination économique à l’égard des femmes est particulièrement aiguë ». Le travail des enfants est constaté dans presque tous les Etats membres, même s’il reste concentré dans les activités informelles, l’agriculture et les entreprises familiales. En Bulgarie, en Hongrie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en République tchèque, en Roumanie et en Slovaquie, la CSI note que les problèmes demeurent, du point de vue de la liberté syndicale et du droit de négociation collective, souvent liés à « l’insuffisance des sanctions imposées aux employeurs pour leurs comportements antisyndicaux ». Quant au droit de grève, il existe « souvent des définitions trop amples des services essentiels dans lesquels les droits syndicaux fondamentaux sont restreints » [2]. Ceci est un doux euphémisme quand on sait que de nombreuses grèves sont rendues illégales par les tribunaux, à partir du moment où elle présenterait un « préjudice pour l’économie ».
Yves-Thibault de Silguy, le père de l’euro, avait décrit les deux mamelles de l’Europe : atlantisme et capitalisme. « La Communauté Européenne, moyen d’imposer l’économie de marché : ce fut la raison première de la coopération européenne au soir de la Seconde Guerre mondiale. La coopération européenne était la condition mise par les Américains au versement de leur aide. La reconstruction, à grands renforts de dollars, puis la recherche effrénée de la prospérité, allaient garantir un rattachement définitif de l’Europe à la sphère capitaliste. » [3]
Les exigences du capital sont : déréglementation, monnaie commune, contrôle des flux extérieurs, réarmement. Pour cela, il y a des lois européennes, qui échappent au contrôle des parlements nationaux. En revanche tout droit des travailleurs, chômeurs, migrants passe pour une entorse à la liberté patronale et une atteinte à la compétition libre. L’Union Européenne n’a pas de compétences sociales directes, et ne cherche pas non plus à en avoir. Elle souhaite que les systèmes sociaux et fiscaux restent une compétence purement nationale. En Allemagne, on passe même à un autre niveau : ce sont les communes qui deviennent responsables des chômeurs, comme c’est déjà le cas en Suède et au Danemark. Si la Commune n’a pas assez d’argent, tant pis pour vous. [4]
Depuis le 1er janvier 2007, l’Union européenne compte vingt-sept Etats membres. L’élargissement à la Bulgarie et à la Roumanie complète celui intervenu en mai 2004, où dix pays – Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie – avaient rejoint les Quinze. Au programme : dumping social et fiscal, délocalisations, généralisation de la précarité.
Ce fut la mise en concurrence de pays aux économies très disparates. Le salaire minimum varie en 2007 entre 92 euros (en Bulgarie) et 1570 euros (au Luxembourg). [5] Dans 7 pays il n’existe même pas.
Depuis la restauration capitaliste en Europe de l’Est, la politique néolibérale a ruiné l’économie héritée de l’ancien système et transformé la région en terrain de manœuvre des acteurs économiques d’Europe de l’Ouest. Selon le Népszabadság, quotidien de « référence » hongrois : « Les économies d’Europe de l’Est sont mal en point, l’agriculture et l’industrie y sont détruites. La concurrence y a été conçue comme une compétition pour savoir quel pays allait attirer les multinationales occidentales – les grands propriétaires terriens des temps modernes – en pratiquant les taux d’imposition, les crédits, les salaires les plus bas, et la durée du temps de travail la plus longue. À cause de la libéralisation et de la dérégulation, c’est l’ensemble de la région qui se retrouve sans défense face à des concurrents d’Europe de l’Ouest prospères. Aujourd’hui, nous sommes au milieu d’un champ de ruines : des enclaves sont apparues dans la société, marquées par une grande détresse et par le chômage de longue durée, qui s’étendent sur plusieurs générations ». [6]
À l’origine des graves tensions sociales, on trouve la libéralisation économique effrénée, à laquelle s’ajoute la démolition du secteur public, imposée par le FMI et la BCE. Près de 50 millions de personnes s’en sortent avec un peu plus de deux dollars par jour. [7] Le Frankfurter Allgemeine Zeitung s’interroge même sur les risques de dépeuplements de régions entières comme l’Est de la Pologne ou le Sud de l’Italie. [8]