Elle s’accommodera donc très bien que le Royaume-Uni soutienne ouvertement Augusto Pinochet, elle n’est pas à cela près... Bien plus, autant la démocratie semble intéresser Bruxelles en politique internationale, autant cette question semble totalement hors de propos lorsqu’il s’agit d’un État membre. Pour nous, le problème n’est pas accessoire, attendu que les gouvernements sont des acteurs de premier plan dans le processus décisionnel européen. Dès lors, comment est-il possible de vouloir donner plus de pouvoir à des institutions dont certains des membres proviennent de gouvernements plus que douteux ? Bien sûr, la France n’a pas de leçons à donner.
Ainsi, tout démocrate ne peut que s’indigner en apprenant que les droits politiques des communistes baltes sont des plus précaires (alors qu’en Lettonie par exemple, des hommages aux anciens SS sont régulièrement rendus de façon officielle, ceux-ci ayant reçu le titre de « combattant pour la Lettonie »). Il en est de même pour l’organisation de jeunesse du parti communiste de Bohème-Moravie qui a réuni pourtant plus de 22% des suffrages en 2004. En Pologne, les désormais célèbres lois de « lustrations » ont été un prétexte pour chasser les personnes un tant soit peu de gauche des administrations. Il aura en outre fallu attendre que ces lois soient utilisées de manière si absurde par les frères Kaczyński, se mettant à viser des personnalités de notoriété mondiale (et pour la plupart totalement étrangères au communisme), pour qu’une autorité d’un pays membre ne réagisse. On peut aussi rappeler que, dans ce pays, les vétérans des brigades internationales se sont vus dépossédés de leurs pensions d’ancien combattant, au motif qu’ils auraient encouragé le « totalitarisme » en Europe en combattant Franco. Ils sont par ailleurs qualifiés de « traîtres et de criminels », alors qu’ils ont joué un rôle majeur dans la résistance au nazisme pendant que les pères politiques de leurs accusateurs se vautraient dans la collaboration avec Hitler [1]. L’UE s’accommode par ailleurs très bien du quasi-apartheid à l’encontre de la minorité russophone dans les pays baltes (près de 30 % de la population estonienne et lettone). Dans le cas de l’Allemagne, l’Europe n’a pas été très regardante, ni sur la vague de discriminations politiques des années 90 visant la fonction publique de l’ex-RDA, ni après la mise sous surveillance de 3,5 millions de personnes [2]. Ces discriminations, touchant près d’un million deux cent mille individus, se basaient sur des questionnaires violant toutes les lois internationales en la matière [3].
Nous ne reviendrons pas non plus sur le problème de la concentration des moyens d’information de masse, l’exemple le plus caractéristique étant l’Italie où un homme peut à la fois être Président du conseil et détenir toutes les chaînes de télévision. Enfin, lorsqu’il est question de démocratie, il nous est impossible d’oublier celle relative au droit du travail. Or, là encore, le problème est criant : dans beaucoup de pays de l’Union, le code du travail est largement insuffisant pour contenir la répression syndicale [4] et le droit de grève y est fortement remis en cause. Le cas de la Deutsche Bahn (compagnie publique allemande de chemin de fer) est révélateur : votée à 95,8% par les quelques 34 000 conducteurs de train, contrôleurs et membres du personnel, la grève fut tout bonnement interdite par le tribunal du travail de Nuremberg, le 8 août 2007, au motif que celle-ci occasionnerait « des dommages à l’économie allemande ».