Par la suite, c’est pour répondre aux choix de Maastricht que France Télécom a été coup sur coup transformée en exploitant de droit public (1990), puis en société anonyme (1996), pour finalement ouvrir son capital en 1997. Dans le même temps, le marché de la télécommunication mobile était ouvert à la concurrence. 2004 apporta la touche finale à la privatisation. Le service avait de toute façon perdu avait abandonné toute référence réelle à l’intérêt général, déroulant le tapis rouge aux opérateurs privés.
La « concurrence » fait baisser les prix nous dit-on. La réalité est toute autre. En 1996 l’abonnement téléphonique coûtait 11,8 francs (soit 1,79 euro). En six ans il atteignait 12,55 euros, soit une augmentation de 601 %. Les appels locaux sont désormais taxés à la durée. Le parc de cabines téléphoniques s’est réduit comme peau de chagrin, les communes devant en assurer la charge. Dans tous les domaines, la mission de service public a été réduite au minimum. Désormais, le travail qui était effectué correctement par un seul service est réalisé mal et plus cher par vingt-trois.
Pour La Poste, le processus pourrait bien se révéler plus long mais tout aussi efficace. En 1997, puis en 2002, deux directives européennes imposent l’ouverture progressive du marché postal. Après avoir connu une première réduction de « secteur réservé » en 1999, la date de 2003 est initialement prévue pour le courrier de poids supérieur à 100 grammes, celle de 2006 pour le courrier de plus de 50 grammes. Mais le coup de grâce doit être porté par l’application de la directive votée par le parlement européen le 11 juillet 2007, donnant jusqu’au premier janvier 2011 pour libéraliser totalement le secteur [1].
Le 5 janvier 2007 était signé par le ministre de l’économie le décret relatif au « service universel postal » qui anticipe la directive. Ici encore, Bruxelles sert de moyen, mais aussi de prétexte. Les conséquences sont graves. Plus d’obligation de distribution 6 jours sur 7. La péréquation nationale [2] est de nouveau sur la sellette. En conséquence directe, 90% de la population devait se trouver à moins de 5 kilomètres d’un point de contact postal. 95% doivent maintenant se trouver à moins de 10 kilomètres. Incidence mathématique : on passe d’une obligation de 14 500 points de contact à 7 500 ! Toutes les zones rurales souffrent aujourd’hui de la disparition des bureaux de poste ou de la réduction drastique des heures d’ouvertures. Nombreux sont ceux qui n’avaient que ce moyen pour retirer de l’argent. Les files d’attente aux guichets, pour ceux qui n’ont pas été tout simplement supprimés, deviennent interminables. Dans un avenir proche, c’est la tarification unique qui est en danger.
Pour les salariés, la situation pourrait rapidement devenir intenable. Déjà en proie à la casse de leur statut, la remise en question du niveau des salaires se profile rapidement. Le 7 juin 2007, Rolf Büttner, responsable du syndicat allemand VerDi, parlait en ces termes : « À titre d’exemple, la poste hollandaise TNT pratique en Allemagne des salaires nettement inférieurs à ceux des entreprises locales et menace ainsi l’existence de 32 000 emplois dans ce pays. Inversement, la Deutsche Post pratique aux Pays-Bas des salaires inférieurs de 66 % à ceux de la poste hollandaise avec la disparition en perspective de 7 000 emplois aux Pays-Bas. » Avec la création de la Banque Postale, la braderie des biens de tous aux rois de la finance semble plus qu’engagée. Déjà, le 10 mai 2007, les services bruxellois de la concurrence ont demandé à la France d’engager la banalisation du livret A [3]. Celui-ci a pourtant pour mission d’assurer le financement du logement social et constitue souvent pour les plus démunis le seul moyen d’accès à un compte bancaire.