NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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Le relais historique de l’impérialisme américain

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Il est tout à fait impossible ou malhonnête de parler de l’Union Européenne sans mentionner ou avoir à l’esprit les liens historiques, juridiques et politiques entretenus avec le Pacte Atlantique. Les deux processus sont indissociables.

Le 7 mai 1964, à Aix-la-Chapelle, le président de la République Italienne, Segni, déclarait ce que tout le monde pensait tout bas : « L’Europe, l’OTAN, la Communauté atlantique doivent être considérées comme un tout... ». Cette conception n’a jamais été remise en question. Elle s’est bien au contraire accentuée au fil du temps. L’OTAN a alors entraîné avec lui (à son corps consentant) l’UE dans la mise en place d’une stratégie impérialiste globale. En 1956, le « rapport des trois sages », sorte de « charte morale » de l’organisation, affirmait dans son chapitre premier : « l’OTAN ne doit pas oublier que l’influence et les intérêts de ses membres ne se limitent pas à la zone d’application du traité et que les évènements extérieurs à cette zone peuvent gravement affecter les intérêts collectifs de la communauté Atlantique ». Il préconisait ainsi aux Alliés « d’harmoniser leurs politiques dans les autres parties du monde ».

C’est dans ce rapport de force et seulement grâce à celui-ci que fut rejetée par l’assemblée nationale française la Communauté Européenne de Défense (CED) en août 1953 [1]. Il est assez curieux d’entendre aujourd’hui certains regretter ce rejet. On entendit même quelques chefs socialistes expliquer que c’est à cause de celui-ci que l’UE s’est construit sur des bases strictement économiques et que l’Europe politique n’est toujours pas achevée. Le manuel d’histoire Franco-allemand [2] nous apprend même, sans rire, page 118, que « la CED visait à construire une défense européenne autonome et son échec oblige à une solution atlantiste ». Cependant, tous oublient que le traité de Paris qui instituait l’armée européenne (27 mai 1952) équivalait ni plus ni moins à un réarmement de l’Allemagne de l’ouest. Mais surtout, c’est oublier que le traité mettait les nouvelles divisions militaires européennes à la disposition du chef des forces atlantiques, sous commandement direct d’un général américain [3]. L’article 9 de la CED impliquait, de plus, « que la formation des forces européennes de défense » exclut « pour chaque État membre la mise sur pied et l’entretien de toute force nationale ». Là encore, les déclarations grandiloquentes sur l’ « indépendance européenne » ne font pas le poids par rapport aux faits. La CED était un premier subterfuge, un peu trop voyant, pour faire entrer la France dans les préparatifs d’une guerre potentielle. Déjà à ce moment, tout devait se faire dans le dos des peuples. On ne parlait pas encore de pédagogie mais l’idée était bien là. Le groupe communiste fut le seul à rejeter à l’unanimité la proposition ; la moitié des socialistes, et la majorité de la droite et du centre votèrent pour. Quelques mois plus tard, avec l’appui des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, preuve que les habitudes ont été prises depuis longtemps, le gouvernement passa outre une opinion publique totalement défavorable et permit à la RFA d’intégrer l’OTAN [4], et par conséquent de se réarmer, l’impérialisme européen pouvait reprendre... Voir aussi « 1945-1957 : L’Europe des Américains »

Notes

[1] Projet au sujet duquel, De Gaulle se déclarera hostile en l’état. Cependant, la perspective d’une armée européenne ne lui déplaisait pas pour autant, comme en atteste ces déclarations tirées d’une conférence de presse du 19 mars 1950 : « On est presque ébloui de la perspective de ce que pourrait donner ensemble la valeur allemande et la valeur française, celle-ci prolongée par l’Afrique. Il y a là un champ de développement commun qui pourrait transformer l’Europe... Il s’agit en somme de reprendre dans des conditions modernes l’entreprise de Charlemagne. Aucune victoire n’a jamais valu celle des Champs Catalauniques où Francs, Romains et Germains ont mis en déroute Attila. C’est une tâche à laquelle doivent penser les hommes de bonne volonté, les patriotes des deux pays. Et je ne cherche pas à cacher que la menace soviétique rend cette tâche plus urgente ». Encore un fois le mythe du Général en prend un coup...

[2] Ouvrage de référence pour le bac et premier pas vers un futur « manuel d’histoire européen ».

[3] M.-P. Subtil, Le Monde, 21 août 1989.

[4] Ceci ne sera possible que grâce aux accords de Paris signés en 1954.

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, Le relais historique de l’impérialisme américain, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Le-relais-historique-de-l.html

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