La division géographique du travail intra-firme prend une forme différente avec les pays du Maghreb. Alors qu’à l’Est, les grandes firmes recherchent une main-d’œuvre à bas coût mais plutôt bien qualifiée – hommage inattendu à l’héritage socialiste –, c’est une main-d’œuvre en moyenne moins qualifiée qui est exploitée au Sud. Ces pays se retrouvent donc en concurrence avec d’autres zones du globe comme l’Asie du sud-est tout en gardant l’avantage de la proximité et de l’ancienneté de la relative solidité de l’implantation européenne. Il s’agit aussi de pays du sud dont la stabilité politique actuelle est beaucoup moins assurée que dans les PECO.
La Communauté conclut ainsi des accords bilatéraux avec l’Afrique du nord dès 1972. En 1989, elle impulse une rénovation de cette politique dans le sens d’un renforcement de l’autosuffisance alimentaire de ces pays mais surtout d’un soutien aux réformes économiques internes. Concrètement, il s’agit de l’habituel démantèlement du secteur public qui peut se révéler fort important, particulièrement en Algérie. La sécurisation des investissements privés en provenance d’Europe est aussi prise en compte. Il s’agit de favoriser l’émergence d’un espace économique nouveau (une zone de libre-échange Nord-Sud et Sud-Sud), appuyé sur une politique de coopération régionale. Enfin, la fameuse Déclaration de Barcelone (création de l’Euromed) est adoptée lors de la conférence euro-méditerranéenne des 27 et 28 novembre 1995. Elle comprend trois volets :
un premier volet concernant le partenariat politique et sécurité.
un second volet sur le partenariat économique et financier qui vise à la création – à l’aide d’accords verticaux – de zones de libre-échange basées sur les principes de l’économie de marché et la promotion du secteur privé. La coopération économique passe par l’accroissement des investissements internes et étrangers – donc le contrôle de secteurs entiers de l’économie de ces pays par les capitalistes européens – dans des domaines aussi sensibles que l’environnement, la pêche, l’eau, l’énergie, l’agriculture et les transports.
un troisième volet concernant le partenariat dans les domaines sociaux, culturels et humains. Il s’agit surtout pour l’UE de déléguer à ces pays la gestion de l’immigration originaire d’Afrique de l’ouest. C’est en partie sur la base de ce partenariat que l’on verra fleurir d’immenses camps d’immigrés, au Maroc notamment. Évidemment, ça fait moins tache que sur les plages espagnoles…
Dans le détail, les principes de la Déclaration de Barcelone se traduisent par la conclusion d’accords bilatéraux entre l’UE et chacun des pays du Maghreb. Ceux conclus avec le Maroc en février 1996 visent l’instauration d’une zone de libre-échange au bout d’une période de onze ans pendant laquelle le Maroc devra éliminer les obstacles aux exportations industrielles de l’Union. Cette dernière s’engage, en contrepartie, à améliorer le régime des concessions pour les exportations agricoles marocaines. L’accord comporte aussi des dispositions sur l’application des règles communautaires de concurrence. Le Maroc devrait donc devenir de fait un membre de l’UE au point de vue économique, complètement soumis aux dynamiques internes européennes dont il ne serait qu’une marge sans aucun véritable pouvoir de décision.
Le projet d’Union Méditerranéenne dont Nicolas Sarkozy a avancé l’idée le soir même de son élection n’est que la relance de l’Euromed, plombé par la situation politique qui s’aggrave au Proche et au Moyen-Orient. L’avancement du second volet, le plus important pour les intérêts des capitalistes européens – prévoyant l’établissement complet de la zone de libre-échange pour 2010 –, accumule les retards face à une bonne volonté de moins en moins évidente des partenaires régionaux.