NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



Accueil du site > La question nationale > Défense de la nation > La position nationaliste et la création d’un nationalisme européen

La position nationaliste et la création d’un nationalisme européen

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Nous affirmons que les véritables nationalistes des temps modernes sont ceux qui appellent au renforcement de l’Europe et de sa puissance. Les manifestations d’amour irraisonné à ce nouvel État en construction, comme les affirmations béates (« J’aime l’Europe »), sont autant de signes qui devraient en faire frémir plus d’un, s’ils étaient mis en perspective.

Les propagandistes zélés de l’idéologie dominante fustigent le supposé nationalisme des adversaires de l’UE. Il est donc primordial de répondre sur ce point. Georges Cogniot résumait sa pensée en ces termes : « l’idéologie du nationalisme repose sur la déformation de l’histoire, la réduction arbitraire de l’histoire aux rapports nationaux et à l’hostilité entre nations. Elle repose aussi sur la falsification du concept même de nation : la nation est traitée comme une communauté ‘naturelle’, comme le résultat de facteurs biologiques, ou encore comme le produit d’une ‘âme nationale’ donnée de toute éternité. De là provient la thèse, (aussi absurde au regard de la science qu’inhumaine au point de vue moral) des nations élues, appelées à régner sur les nations inférieures. »

Défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la souveraineté nationale, les services publics à la française, est totalement à l’opposé du nationalisme et des positions identitaires et racistes des Villiers et Le Pen. Ces derniers sont, au contraire, les éléments nécessaires à ceux qui voudraient entrer plus à fond dans l’intégration à l’UE pour salir toute contestation en l’assimilant aux idéologies les plus réactionnaires. Déjà, le drapeau tricolore, pourtant symbole d’une pensée révolutionnaire honnie par ces mêmes Villiers et Le Pen leur a été pour ainsi dire abandonné, celui-ci ne pouvant plus réapparaître sous un jour propre que pour la Coupe du monde de football. Domenico Losurdo décrit ainsi le processus :

Qui sont les nationalistes ? Y a-t-il une différence entre la défense de l’indépendance et de la dignité nationale et un nationalisme exalté et agressif ? Malgré les ressemblances ou les assonances superficielles, nous avons à faire à deux attitudes radicalement différentes : l’une est universalisable tandis que l’autre ne l’est pas. La reconnaissance et la défense de la dignité d’une nation sont parfaitement compatibles avec la reconnaissance et la défense de la dignité des autres nations. Il est évident, au contraire, que la catégorie de « peuple de seigneurs » (ou bien de « race de seigneurs ») n’est pas universalisable : il ne peut exister un peuple de seigneurs que tant qu’il existe des peuples esclaves destinés au servage. On peut faire des considérations analogues pour la catégorie de peuple élu chère à Bush jr., qui n’a pas hésité à proclamer un nouveau dogme : « Notre nation est élue par Dieu et est appelée par l’histoire à être un modèle pour le monde ». Il ne s’agit pas d’une voix isolée. Ecoutons Clinton : L’Amérique doit continuer à guider le monde ; « notre mission est atemporelle ». Pour continuer cette rétrospective, nous avons déjà vu Bush sr. proclamer : « Je vois l’Amérique comme leader, comme l’unique nation ayant un rôle spécial dans le monde ». Enfin, donnons la parole à Kissinger : « le leadership mondial est une donnée inhérente à la puissance et aux valeurs de l’Amérique » ! Il est évident que l’idée de peuple élu, investi d’une mission unique et auquel incombe la tâche éternelle de guider le monde, n’est pas universalisable. Même, cette idée est lourde de conflits explosifs. Pour s’en rendre compte, il suffit de rapprocher les déclarations citées précédemment avec une déclaration attribuée à Hitler : « Il ne peut pas y avoir deux peuples élus. Nous sommes le peuple de Dieu ». Bien qu’elles soient radicalement différentes par tant d’autres aspects, les deux idéologies mises ici en comparaison ont un train commun : elles expriment une idée de nation si emphatique et si exclusive qu’elle rend impossible la moindre universalisation. » [1]

Grattez le vernis bleu de la « pureté européenne » et apparaîtra alors le vrai visage de la machine. Il ne faut pas grand-chose pour que certains poussent plus loin la logique. Ainsi, le 21 Juillet 2007, nous pouvions lire en première page de la Manche Libre (premier hebdomadaire français d’information régional) à ce propos : « (Pourquoi la France a-t-elle voulu le TCE :) pour donner une tout autre dimension à l’idéal européen : ‘dresser l’Europe contre la mort d’une certaine idée de l’homme et de la civilisation’. (...) Une ambition d’autant plus forte, d’autant plus nécessaire lorsque la mondialisation fait partout surgir de nouvelles revendications identitaires, et que l’islam retrouve la vocation conquérante qui fut la sienne – et déjà en opposition aux Européens » [2]. Les vieux relents du pétainisme ne sont pas loin.

Ainsi, il n’est partout question que de « préférence communautaire », de politique de migration européenne, relevant de la même logique que les déclarations à la limite de la xénophobie ayant accompagné la mise en place, par Nicolas Sarkozy, du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale », dont les rênes furent confiées au faucon Brice Hortefeux qui chasse sur les terres de l’extrême droite.

Bien loin d’avoir fait disparaître le nationalisme et ce qui lui est associé, la xénophobie, la volonté hégémonique d’imposer au monde son système, l’agressivité internationale, l’UE les a amplifiés. La radicalisation des discours nous en donne constamment de nouveaux exemples. Faut-il s’étonner, de même, qu’il soit difficile de distinguer la politique d’un Tony Blair et d’un Georges Bush ? Etrangement, personne à la télévision n’a relevé que la préface italienne au dernier livre de l’actuel Président de la République a été écrite par Gianfranco Fini, président d’Alliance Nationale, parti issu en droite ligne de l’ancien parti fasciste de Benito Mussolini.

À cent lieux de l’universalisme idyllique, ce qui nous est vendu n’est autre qu’une vision euro-centrée de l’histoire dont les fondements ne sont pas tout à fait dénués de relents nauséabonds. Ainsi, la notion d’Europe peut souvent être associée à un contenu ethnique, celui d’une « Europe blanche », qui plus est chrétienne [3]. Quand elle est posée dans ce cadre, la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union montre le racisme à peine voilé de certains envers les peuples à majorité musulmane. Quant aux autres, c’est plutôt la volonté expansionniste qui joue : ouvrir de nouveaux marchés, trouver de la main-d’œuvre à bas coût et faire pression sur les salaires des travailleurs de l’UE. Pourtant, faut-il rappeler que la séparation de l’Église et de l’État est une réalité en Turquie, ce qui n’est absolument pas le cas dans la plupart des pays européens (Suède, Espagne, Allemagne, etc.). Sur quelle base le « problème turc » tient-il alors ? À vous de juger. Pour notre part, si nous sommes opposés à l’entrée de ce pays dans l’UE, c’est que nous ne souhaitons pas à un autre peuple ce que nous rejetons pour le nôtre. Les progressistes turcs sont sur la même longueur d’onde.

Il apparaît aujourd’hui que cette vision euro-centrée du monde n’a aucune base. On nous parle d’histoire commune pour légitimer l’UE. Nous répondons « certes oui ! », mais nous faisons aussi remarquer que nos liens culturels avec les peuples de la Méditerranée, Maghreb inclus, sont bien plus forts et plus anciens qu’avec l’Estonie. Il n’est nullement question ici de jugement de valeur, nous constatons simplement les faits. La Bulgarie n’a-t-elle pas plus de lien avec la Russie qu’avec l’Ecosse, l’Espagne et le Portugal avec l’Amérique latine plutôt qu’avec la Pologne. Dire le contraire serait ahurissant. L’Union Européenne a-t-elle permis l’éclosion de cette fameuse « communauté culturelle » ? À l’évidence non. Au contraire, désormais une partie des éléments les plus exclus de la société accuse les travailleurs des autres nations d’être responsables de leurs situations. Ici est la véritable cause de la progression constante de l’extrême droite. Les larmes de crocodile versée lors du 21 avril 2002 n’y changeront rien...

Notes

[1] D. Losurdo, Fuir l’Histoire, Editions Delga, Paris 2007, p. 76

[2] F. Kéronic, « L’Europe est notre rempart », La Manche Libre, 21 Juillet 2007

[3] Nous pouvons rappeler que la référence aux origines chrétiennes – puis religieuses – de l’Europe n’a été évitée que de justesse lors de la rédaction du Traité Constitutionnel Européen.

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, La position nationaliste et la création d’un nationalisme européen, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/La-position-nationaliste-et-la.html

rechercher

SPIP | squelette | | Suivre la vie du site RSS 2.0