L’adhésion à « l’intégration européenne » traduit la dérive « réformiste » de la direction du PCF.
Nous pourrions retenir 1998 comme date où l’inflexion dans la position européenne du PCF se fait concrètement. Le 18 janvier, le parti parvient à mobiliser 20 000 personnes lors d’une manifestation place de la République pour exiger un référendum sur le traité d’Amsterdam et la monnaie unique. Subitement, la direction décide de cesser l’appel à la mobilisation ! Un an plus tard, les premiers changements de ton se font entendre lors de la campagne pour les élections européennes. Le parti soutient la liste « Bouge l’Europe », qualifiée par Robert Hue d’ « acte majeur de la mutation ». Elle sera composée pour moitié de non-communistes, une stratégie d’effacement qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Rappelons que Philippe Herzog et Geneviève Fraisse, élus sur cette liste, approuvèrent l’attaque de la Serbie par l’OTAN et que 3 membres sur 6 de cette liste appelèrent à voter OUI en 2005.
La direction du PCF s’inscrit aujourd’hui dans le projet d’intégration européenne, auquel elle subordonne la perspective politique en confondant, de façon aberrante, internationalisme et « euroconstuctivisme ». Cette posture se traduit soit par la revendication « d’une autre Europe » soit par celle de la revendication d’une « réorientation de l’Europe ». On se souvient comment ont été désarçonnés certains camarades le soir du 29 mai 2005 en entendant MG Buffet réclamer à la télévision la « renégociation » de la « constitution » qu’ils venaient de combattre.
Le tournant « euroconstructif » participe de l’inflexion générale des positions idéologiques de la direction du PCF vers le « réformisme » (cette caractérisation fait l’objet d’un autre débat) depuis au moins le milieu des années 1990.
Le passage d’une analyse de classe de ce qu’est la « construction » européenne à une appréciation humaniste (« mettre l’Europe au service des hommes ») peut néanmoins passer inaperçu auprès de bon nombres de camarades. D’abord parce que le PCF est resté formellement impliqué dans une position hostile aux politiques européennes (bataille du Non au référendum), même s’il demeure une forte ambiguïté entre la position défendue par la plupart des militants et la direction. Ensuite parce que la direction a supprimé une bonne part des lieux de débats idéologiques dans le parti, et saboté les lieux de formation politique des communistes (voir l’indigence des « universités d’été » !).
Le niveau européen : prétexte et instrument à une recomposition politique qui efface le PCF.
L’abandon des positions communistes sur la question européenne va de pair avec l’adhésion sans réserve au Parti de la Gauche Européenne.
La nature du PGE a été cachée aux communistes lors de la consultation interne de 2004 comme depuis. Comme l’ont rappelé plusieurs camarades, ce « parti européen » est subventionné par les institutions européennes sous la condition expresse d’approuver et d’œuvrer à la construction d’une « entité européenne ».
Le PGE est à la fois le modèle et l’instrument de la poursuite de la « mutation » réformiste des partis communistes d’Europe, par ses positions et par son action.
Dans plusieurs pays, il soutient les éléments les plus réformistes des partis communistes membres voire des partis concurrents contre les partis communistes nationaux qui refusent de suivre sa ligne (Grèce, Portugal, République tchèque…).
Ses silences, comme ceux de la direction du PCF, sur les attaques menées dans différents pays de l’Union contre les mouvements communistes sont lourds de signification : aucune action contre l’interdiction de la JC tchèque, pour soutenir la direction, traînée devant les tribunaux, du Parti communiste ouvrier hongrois, rien contre le rapport Linblad.
La direction du PCF a également minimisé l’élection d’un président communiste à Chypre.
Le PCF transformé en « Parti de la gauche » comme le PGE ? ou comme « die Linke » en Allemagne (qui en assume la présidence) ? transformé en « section française du PGE » ? Les élections européennes de 2009 pourraient fournir, après le congrès, l’occasion d’une nouvelle étape dans la stratégie de disparition du PCF.
Au plan international et européen, la coopération internationale entre partis communistes et progressistes existe pourtant, hors du PGE. Elle s’est manifestée notamment à travers plusieurs appels internationaux initiés par les partis grecs et portugais, notamment contre le Traité de Lisbonne.
Signe de la gène de la direction sortante du PCF : elle les occulte (ne les publie pas, ne les traduit même pas en Français) même lorsqu’elle y a apposé la signature du PCF.
Le cadre européen est aussi un bon prétexte pour se tourner vers le syndicalisme de collaboration de classe. Plusieurs intervenants ont dénoncé la mise en avant de la Confédération Européenne des Syndicats, CES, comme notre partenaire syndical normal au niveau européen. Approuvant toutes les étapes de la « construction » européenne, y compris le TCE et le traité de Lisbonne, ce syndicat s’est toujours placé dans l’aménagement de la « concurrence libre et non faussée ». Ses positions, aux antipodes d’un combat de classe, sont donc totalement incompatibles avec les luttes que nous menons.
La recomposition politique au moyen de l’Europe s’est également manifestée, en France, avec l’épisodes des collectifs antilibéraux, issus des collectifs du non de 2005. Même si au plan local, les expériences, comme l’ont illustré certains camarades, n’ont pas toutes été négatives en terme de rassemblement et de lutte.