Devant des orientations pour le moins régressives, la centrale syndicale peut à juste titre « s’interrog[er] sur l’insistance à reprendre ce débat [le soutien au traité constitutionnel, deux ans après son rejet] dans les conclusions du congrès ». Nous la soutenons lorsque, prenant à contre-pied la CES, qui accepte dans le principe la « fléxisécurité », elle rappelle que « l’enjeu n’est pas de troquer une flexibilité supplémentaire contre une meilleure indemnisation du licenciement », mais de conserver les emplois. Cependant, force est de constater qu’elle est en régression totale sur le rôle de syndicat de lutte qui est le sien. Ainsi, on la voit coup sur coup défendre : le « besoin d’une directive-cadre sur les services publics [1] », le principe de nouvelles adhésions d’États à l’UE, « la place et [le] rôle du niveau européen en matière d’organisation du marché du travail et de la protection des droits sociaux », puis fustiger une « tendance lourde en Europe au repli sur ses réalités nationales » [2], pour enfin affirmer que « l’enjeu d’une Union Européenne plus forte et plus sociale est incontournable pour mettre fin à la panne d’Europe ».
Les choix qui sont faits sont pour le moins dangereux, l’organisation de la riposte aux attaques du patronat étant remplacée par « la fixation d ‘évènement coordonnés très médiatisés, dans toute l’Europe, destinés à attirer de nouveaux membres ». Un peu plus loin, nous pouvons lire : « Nous avons besoin de peser plus fortement sur l’ensemble des institutions européennes, y compris la Commission et le Parlement. La CES veut investir davantage de ressources dans ce travail et être mieux positionnée pour lutter contre l’influence qu’exercent des entreprises et d’autres organismes sur les politiques ». Remplacer le combat de classe par le lobbying, on a vu meilleur programme !
Le travail de la seule organisation de lutte de classe et de masse qu’est la CGT aurait dû être de condamner sans relâche la CES. C’est ce qu’elle fit pendant longtemps avec ténacité. Mais en 1999 sa direction, en opposition avec de nombreux adhérents et organisations de base, décida d’entrer dans la structure. Officiellement, il nous est dit que les choses doivent être changées de l’intérieur. Mais peut-on réellement espérer entraîner la masse des syndicats de collaboration qui constitue la charpente historique de la CES ? Cela en vaut-il la peine de toute façon ?
Dans les hautes sphères de la Confédération Européenne des Syndicats, on affirme sans trop de difficulté que l’heure n’est plus à une lutte des classes dépassée, mais à la recherche d’une coopération durable avec le patronat. Vieille lune que tout cela ! Henry Krasucki en riait, lorsqu’il déclarait en 1969 : « Remarquez que ceux qui la [la lutte des classes] disent ‘dépassée’ ne l’ont jamais trouvée actuelle : avant, elle n’existait pas, après, elle est dépassée, mais, entre-temps, elle n’a pas existé ! ». [3]
Dans tous les cas, si les militants ne veulent pas qu’à court terme la CGT ne perde définitivement sa raison d’être, des questions doivent être tranchées au plus tôt. La France a-t-elle besoin d’une autre « section française de la CES » ? Ce rôle n’est-il pas déjà joué à merveille par la CFDT, appelant le 6 novembre 2007, à ce que le traité de Lisbonne « soit adopté au plus vite par le Parlement » pour éviter à tout prix un référendum ?