NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



Accueil du site > Politiques européennes > Enseignement et recherche > L’enseignement et la recherche : cible prioritaire des politiques (...)

L’enseignement et la recherche : cible prioritaire des politiques européennes

mardi 30 décembre 2008, par Collectif

Le cycle des réformes n’est pas terminé, et nous pouvons nous attendre à ce qu’elles plongent l’université encore plus loin dans le chaos. En attendant, la situation pour nombre d’étudiants est des plus précaires. L’Europe n’est pas seule responsable de cette situation : les représentants français du capital, d’où qu’ils viennent, ont des comptes à rendre. Seulement nous ne pouvons occulter que ce que les gouvernements ont provoqué, l’UE l’a accentué.

Pour l’enseignement supérieur et la recherche, on doit constater que les choses furent prises en main par l’Union européenne de façon beaucoup très directe. Il faut dire que, pour le capital mondialisé, l’enjeu est de taille. L’OCDE estimait dans un rapport datant déjà d’une dizaine d’années que le marché constitué par les dépenses d’éducation dans les États membres s’élèveraient à près de mille milliards de dollars. On peut imaginer l’importance que représente aux yeux du patronat un principe aussi secondaire que « l’égalité des chances » devant de tels chiffres... Mais entrons dans les détails.

En 1989, la Table Ronde des industriels Européens (l’ERT), lobby patronal que nous avons déjà rencontré, publie le rapport Education et compétence en Europe. Elle énonce clairement les « réformes » qu’elle considère comme nécessaires pour l’enseignement supérieur. Les termes ne laissent la place à aucune ambiguïté. Le grand patronat déplore que les enseignants aient à leurs yeux « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit », que « l’industrie n’ [ait] qu’une très faible influence sur les programmes enseignés ». Pour elle, « l’enseignement supérieur doit devenir un prestataire de service éducatif ».

En mars 1990, puis en mai 1991, en bon exécutant, la Commission Jacques Delors éditait deux rapports reprenant l’essentiel des orientations définies par les grands groupes. Elle dépasse même les espérances de ces derniers parlant de « rentabilisation », « d’économie d’échelle », les cours devenant des « produits », les étudiants des « clients ». La logique libérale va très loin : « Cette entreprise [l’université] doit vendre ses produits sur le marché de l’enseignement continu, que régissent les lois de l’offre et de la demande. », « une concurrence s’instaurera entre les prestataires de l’apprentissage à distance [...], ce qui peut déboucher sur une amélioration de la qualité des produits. » [1].

Tout au long des années 1990, des rapports vont s’accumuler, provenant de différentes organisations (OCDE, Commission Européenne, etc.), allant toujours vers une incitation à l’entrée de l’enseignement dans une logique de marché. En février 1996, l’OCDE va jusqu’à écrire qu’il revient aux pouvoirs publics d’« assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer de progresser » [2]. La même année un autre rapport du même organisme envisage « un engagement plus important de la part des étudiants dans le financement d’une grande partie des coûts de leur éducation » [3].

L’opinion publique est donc préparée pendant des années à des bouleversements structurels dans l’université que seuls les intérêts mercantiles de quelques-uns justifient. À coups de classements mondiaux des universités totalement biaisés par des critères de sélection auxquels le fonctionnement de l’université française est tout à fait étranger, sous-évaluant en cela la recherche nationale, le martelage est quotidien sur la nécessité pressante « de se mettre au travail ». Voir « Mythes et réalités du modèle universitaire européen »

La recherche en ligne de mire

Dans le domaine de la recherche, l’Europe se fait là encore le cheval de Troie des trusts. L’entrée massive du privé dans le financement de la recherche conduit quotidiennement un détournement des fonds publics et à une spoliation pure et simple des biens matériels et intellectuels de la nation afin de contenter des intérêts particuliers et de courts termes. Ainsi, en plus d’utiliser les retombés scientifiques en investissant a minima, nombreuses sont les filières considérées comme non-rentables et qui voient leurs crédits se réduire jusqu’à ce que mort s ‘en suive : sciences humaines, littérature, arts, etc. Même dans les sciences dites « dures », on connaît les difficultés de la recherche fondamentale à se financer. L’ingérence du capital va bien plus loin, jusque dans les programmes : dogme libéral en économie, anticommunisme viscéral en histoire, allant de pair avec une quasi-disparition de l’enseignement de l’histoire sociale et économique. Enfin l’ « autonomie » accentue ce qui était déjà à l’œuvre avec la décentralisation, c’est-à-dire la logique du pôle de compétitivité et de recherche qui condamne de fait des morceaux entiers du territoire national, réduisant les universités hors pôle à des « collèges universitaires » ne proposant que la formation de base, sans recherche, pour étudiants défavorisés. Aussi, cette contre-réforme de l’université et du système de recherche français fait bon marché des succès nationaux indéniables que constitue la place reconnue de la France dans la recherche fondamentale mondiale en physique [4] ou en mathématiques [5] pour ne citer que ces deux matières.

Notes

[1] Voir les L’Education et la Formation à distance du 7 mars 1990 et Rapport sur l’enseignement supérieur ouvert et à distance dans la Communauté européenne du 24 mai 1991.

[2] Adult Learning and Technology in OECD Countries, OCDE, 1996

[3] Internationalisation of Higher Education, OCDE, 1996

[4] Albert Fert, prix Nobel 2007 a bien souligné le rôle irremplaçable de la recherche publique – c’est-à-dire du CNRS dans son mode de fonctionnement traditionnel – dans son travail et ses découvertes.

[5] Des médailles Fields sont obtenues par des Français travaillant dans des structures publiques (ENS, Universités) en 2002 et 2006 (la remise du prix n’ayant lieu que tous les quatre ans).

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, L’enseignement et la recherche : cible prioritaire des politiques européennes, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/L-enseignement-et-la-recherche.html

rechercher

SPIP | squelette | | Suivre la vie du site RSS 2.0