Celle-ci est suivie par la convention de Lomé II (31/10/1979), Lomé III (8/12/1984), Lomé IV (15/12/1989) valable 10 ans (concerne 71 États ACP). Le 27/4/1998 entre en vigueur un accord signé à Maurice le 4/11/1995 modifiant la 4e convention à mi-parcours. Il s’agit officiellement d’accorder à ces pays des régimes de préférence communautaire en matière douanière afin qu’ils puissent plus facilement exporter leurs produits en Europe, sans qu’il y ait de réciprocité [1]. Même en s’arrêtant à cette stricte interprétation, plusieurs problèmes se posent : la part de marché détenue par les États ACP dans l’ensemble des importations extracommunautaires était supérieure à 10,5 % en 1960 mais n’est plus que de 2,9 % en 2000. Il s’avère donc que les préférences douanières n’ont pas pu empêcher leur marginalisation sur le marché européen. Le principe de base de ces accords était le suivant : le simple différentiel de droits de douane appliqué aux importations dans l’UE constitue le facteur principal de compétitivité sur ce marché. Il s’agissait en gros de dire que le libre-échange est un facteur puissant de développement et d’enrichissement pour ces pays. Les faits étant têtus, il semble bien que ce ne soit pas le cas.
Alors que les premières conventions de Lomé comportaient quelques éléments réels de coopération économique (financement de travaux d’infrastructures et de programmes agricoles, prix garantis sur les produits de base [2]), les derniers accords sont basés de manière de plus en plus univoque sur la doctrine du libre-échange. Pour bénéficier de Lomé IV, les pays ACP doivent ainsi respecter les droits de l’homme … et les plans d’ajustement structurel du FMI. Les accords de Cotonou du 23 juin 2000, conclus avec 77 pays ACP, démantèlent les préférences commerciales non réciproques et le système de prix garantis, au nom de la mauvaise gouvernance de ces pays. Les quelques avantages économiques dont ils bénéficiaient sont donc supprimés sous prétexte de leur mauvaise situation … dont l’UE est en grande partie responsable : diminution des aides européennes (0,37 % du PIB en 1988 et 0,23 % 10 ans plus tard) ; impact destructeur des programmes d’ajustement structurel du FMI (ruine des secteurs publics et désorganisation de l’État) ; impact de la charge de la dette (ce sont désormais les pays du Sud qui financent ceux du Nord grâce à leurs remboursements) ; détérioration des termes de l’échange. Sans parler bien entendu de la déstabilisation politique mise en œuvre par la concurrence des différents impérialismes.
Autres exemples de la mauvaise foi européenne : dénoncer la corruption des pays du Sud sans préciser que les corrupteurs sont bien souvent les multinationales occidentales ; s’enorgueillir de l’aide au développement alors qu’elle revient pour plus des deux tiers à l’Union sous forme d’acquisition d’équipements ou d’honoraires somptueux payés à des experts européens. Pas de double langage par contre dans le texte de l’accord puisque l’article 34-2 précise que « le but ultime de la coopération économique et commerciale est la transition vers l’économie mondiale libéralisée » [3]. « En bon père de famille », l’UE s’occupe donc de « sa zone d’influence » en anticipant même sur les résultats des négociations à l’OMC. Il est vrai que l’ordre d’arrivée sur un marché est un facteur important pour assurer la pérennité et la croissance d’un débouché. Désormais, l’Europe, comme les Etats-Unis en Amérique latine, possède son backyard (« jardin » ou « pré carré »), la bonne conscience en plus.