NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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L’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) : libéraliser pour un pillage en règle

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Le lancement d’une politique communautaire vis-à-vis de ces pays, prenant le relais des politiques néocoloniales des États-membres comme la France, la Belgique, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, peut être daté de la première convention de Lomé signée le 28 février 1975 avec 46 États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique

Celle-ci est suivie par la convention de Lomé II (31/10/1979), Lomé III (8/12/1984), Lomé IV (15/12/1989) valable 10 ans (concerne 71 États ACP). Le 27/4/1998 entre en vigueur un accord signé à Maurice le 4/11/1995 modifiant la 4e convention à mi-parcours. Il s’agit officiellement d’accorder à ces pays des régimes de préférence communautaire en matière douanière afin qu’ils puissent plus facilement exporter leurs produits en Europe, sans qu’il y ait de réciprocité [1]. Même en s’arrêtant à cette stricte interprétation, plusieurs problèmes se posent : la part de marché détenue par les États ACP dans l’ensemble des importations extracommunautaires était supérieure à 10,5 % en 1960 mais n’est plus que de 2,9 % en 2000. Il s’avère donc que les préférences douanières n’ont pas pu empêcher leur marginalisation sur le marché européen. Le principe de base de ces accords était le suivant : le simple différentiel de droits de douane appliqué aux importations dans l’UE constitue le facteur principal de compétitivité sur ce marché. Il s’agissait en gros de dire que le libre-échange est un facteur puissant de développement et d’enrichissement pour ces pays. Les faits étant têtus, il semble bien que ce ne soit pas le cas.

Alors que les premières conventions de Lomé comportaient quelques éléments réels de coopération économique (financement de travaux d’infrastructures et de programmes agricoles, prix garantis sur les produits de base [2]), les derniers accords sont basés de manière de plus en plus univoque sur la doctrine du libre-échange. Pour bénéficier de Lomé IV, les pays ACP doivent ainsi respecter les droits de l’homme … et les plans d’ajustement structurel du FMI. Les accords de Cotonou du 23 juin 2000, conclus avec 77 pays ACP, démantèlent les préférences commerciales non réciproques et le système de prix garantis, au nom de la mauvaise gouvernance de ces pays. Les quelques avantages économiques dont ils bénéficiaient sont donc supprimés sous prétexte de leur mauvaise situation … dont l’UE est en grande partie responsable : diminution des aides européennes (0,37 % du PIB en 1988 et 0,23 % 10 ans plus tard) ; impact destructeur des programmes d’ajustement structurel du FMI (ruine des secteurs publics et désorganisation de l’État) ; impact de la charge de la dette (ce sont désormais les pays du Sud qui financent ceux du Nord grâce à leurs remboursements) ; détérioration des termes de l’échange. Sans parler bien entendu de la déstabilisation politique mise en œuvre par la concurrence des différents impérialismes.

Autres exemples de la mauvaise foi européenne : dénoncer la corruption des pays du Sud sans préciser que les corrupteurs sont bien souvent les multinationales occidentales ; s’enorgueillir de l’aide au développement alors qu’elle revient pour plus des deux tiers à l’Union sous forme d’acquisition d’équipements ou d’honoraires somptueux payés à des experts européens. Pas de double langage par contre dans le texte de l’accord puisque l’article 34-2 précise que « le but ultime de la coopération économique et commerciale est la transition vers l’économie mondiale libéralisée » [3]. « En bon père de famille », l’UE s’occupe donc de « sa zone d’influence » en anticipant même sur les résultats des négociations à l’OMC. Il est vrai que l’ordre d’arrivée sur un marché est un facteur important pour assurer la pérennité et la croissance d’un débouché. Désormais, l’Europe, comme les Etats-Unis en Amérique latine, possède son backyard (« jardin » ou « pré carré »), la bonne conscience en plus.

Notes

[1] C’est-à-dire sans que l’Europe puisse exporter avec la même facilité ses produits dans ces économies dont le caractère spécifique et fragile est reconnu.

[2] S’il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une forme de coopération qui peut être profitable aux pays du Sud, nous devons néanmoins signaler que cette aide de la Communauté Européenne ne s’adresse qu’au secteur des matières premières (agricoles et minières avec le STABEX). Pas question, dès cette époque, de prendre le risque de voir s’affirmer une concurrence de ces pays pour les produits manufacturés ou même pour des produits agricoles autres que des produits tropicaux. Le développement, oui, mais dans la limite des intérêts économiques de la puissance dominante qui cherche à maintenir une division du travail très étroite. Il s’agit donc d’une transition en douceur du commerce colonial à la française.

[3] Pour l’interprétation de l’accord de Cotonou, nous nous référons à R. M. Jennar – Europe, la trahison des élites, Paris, 2004 (Edition augmentée) : « Cotonou ou la recolonisation des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique », pp. 187-197

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Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, L’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) : libéraliser pour un pillage en règle, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/L-UE-et-les-pays-ACP-Afrique.html

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