L’Amérique du Sud est une autre région du monde où l’Europe a pu manifester toute sa considération pour l’indépendance des nations. Dans la droite ligne de la politique d’ingérence mise en œuvre par les Etats-Unis, Cuba reste une cible privilégiée de la « diplomatie » européenne. Depuis 1996, alors que l’Ile souffre depuis bientôt 50 ans de l’embargo américain, Cuba se trouve être le seul pays du continent sous le coup de sanctions politiques et diplomatiques de la part de l’administration de Bruxelles. De même, celle-ci ne cache pas son intention de concourir à la déstabilisation du système politique du pays, notamment par un appui financier tout à fait contraire à la loi cubaine (qui, rappelons-le, reste un État souverain), comme à toutes les législations au monde [1]. Le 5 juin 2003 les sanctions étaient renforcées officiellement pour « atteinte aux droits de l’homme » [2]. Dans le même temps, la prison de Guantánamo se remplissait depuis deux ans de prisonniers privés de droit dans la plus totale illégalité, sans provoquer plus qu’une simple déclaration de principe fort peu appuyée à Bruxelles. Cela n’empêchera pas pour autant ses représentants de recevoir officiellement Caleb McCarry, coordinateur de la « Commission d’Assistance à une Cuba libre » de l’administration Bush, en avril 2007.
L’ingérence de l’UE ne se cantonne cependant pas à la seule île des Caraïbes, elle est une politique globale qui reproduit étrangement la stratégie états-unienne d’endiguement des aspirations révolutionnaires qui germent un peu partout dans la région. Ainsi, les relations avec le Venezuela sont pour le moins paradoxales depuis qu’un certain nombre de dirigeants de premier plan, dont Javier Solana et le président social-démocrate de la Commission Européenne Romano Prodi, ont officiellement apporté leur soutien au renversement du président démocratiquement élu Hugo Chavez par un putsch d’extrême droite [3]. Cependant, l’hostilité à un pays tentant de construire une société non-capitaliste, ne va pas se limiter à des prises de positions personnelles. Le 24 mai 2007, le Parlement Européen vote une résolution condamnant le gouvernement vénézuélien qui serait coupable de ne pas garantir la liberté d’expression et l’information pluraliste. Cette décision sera accompagnée d’une campagne médiatique effrayante de partialité. Et pour cause, Hugo Chavez s’apprêterait selon la presse à fermer l’« unique » chaîne de télévision d’opposition. Or qu’en est-il réellement ? La licence de la chaîne en question, la RCTV, arrivait à expiration le 27 mai 2007. Or, cette même chaîne, liée aux milieux d’affaires, avait soutenu ouvertement le coup d’État de 2002. De plus, elle faisait l’objet d’enquêtes pour un nombre impressionnant de délits : publicité clandestine, fraude fiscale, non-respect des quotas de production nationale, introductions d’images subliminales dans des émissions pour la jeunesse [4]... De fait, la non-reconduction d’une concession hertzienne pour une chaîne de télévision est un évènement tout à fait banal (le cas de la « 5 » en France est là pour nous le rappeler). Pourtant, ce prétexte totalement absurde aura servi à enclencher une campagne de désinformation à la limite du fanatisme [5], la chaîne n’étant pas la « seule chaîne d’opposition » puisqu’elle faisait au contraire partie du groupe des quatre canaux privés hostiles au processus révolutionnaire. De son côté, le gouvernement n’est soutenu que par les journalistes de l’unique chaîne publique [6]. Cela n’empêchera pas la presse occidentale de prendre le relais de la propagande d’Etat. On verra ainsi en décembre 2007 la revue Courrier International parler de coup d’Etat pour désigner le référendum organisé le 2 de ce même mois, au motif principal que la nouvelle constitution permettait à un citoyen de briguer un nombre illimité de mandat présidentiel. Disposition que prévoie aussi la Ve République...
La volonté de l’Union Européenne de s’affirmer comme nouvelle puissance hégémonique mondiale s’étend à toute l’Amérique du Sud. Ainsi, on aura vu le 11 mai 2006, lors du sommet de Vienne, la ministre des affaires étrangères autrichienne, Ursula Plassnik, « sommer » la Bolivie de s’expliquer sur ses déclarations concernant la nationalisation du gaz. Qu’aurait-on entendu si le président bolivien, Evo Morales, avait « sommé » l’UE de s’expliquer sur sa politique industrielle... ?