NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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L’Idéologie européenne, fer de lance d’une politique réactionnaire

Un an après l’adoption du Traité de Lisbonne, combattre « l’idéologie européenne » est plus que jamais d’actualité !

vendredi 22 mai 2009, par Collectif

Article publié dans le bimestriel Le Sarkophage de mai-juin 2009, par Benjamin LANDAIS, Aymeric MONVILLE et Pierre YAGHLEKDJIAN.

Plus d’un an s’est écoulé depuis le 4 février 2008 lorsque 560 parlementaires de tout bord (à l’exception notable des communistes), réfugiés à Versailles, ont violé la volonté souveraine exprimée par plus de 15 millions de Français 3 ans plus tôt en ratifiant le Traité de Lisbonne, copie conforme du Traité constitutionnel.

Depuis, les Français, dépossédés de leurs droits démocratiques les plus élémentaires, subissent une politique européenne qui exerce directement ses effets dévastateurs tout en servant de prétexte à une politique nationale non moins destructrice : casse de la poste, attaques contre les transports publics, fermeture des hôpitaux, etc. Prenant aussi prétexte de la crise actuelle, c’est par centaines que les entreprises ferment leurs portes et laissent chaque mois des dizaines de milliers de travailleurs sur le carreau. Pendant négatif de la « libre circulation des capitaux » nous dit-on. Mais on attend toujours de savoir en quoi cette libre circulation a pu un jour revêtir un aspect positif, hormis pour les actionnaires et les traders.

Pourtant des perspectives existent ! L’idée de (re)nationalisation définitive des secteurs-clefs de l’outil productif et de réindustrialisation du territoire, grâce à un pilotage national, progresse dans la tête des salariés. Seulement voilà, ces solutions qui semblent de nouveau s’imposer, constituent un programme totalement contraire à l’ « idéologie européenne », consensus des consensus pour les partis de l’alternance.

Depuis un an, des évènements significatifs se sont succédés. Lors du rejet du Traité de Lisbonne par le peuple irlandais, la « construction » européenne montrait son vrai visage. La seule question posée à Bruxelles était de savoir comment passer outre ce nouvel obstacle : faire revoter l’Irlande ou la mettre à l’écart. Bel exemple de démocratie quand le seul pouvoir des citoyens est de ratifier des décisions sans possibilité d’émettre un avis défavorable…

De même, c’est contre une opinion publique largement hostile que M. Sarkozy a officialisé la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Les quelques réactions émises à l’occasion par des parlementaires socialistes laissent songeur. Ces derniers arguaient, sans craindre le paradoxe, que cette réintégration se ferait aux dépens d’une « Europe de la défense ». Reconnaissons dès lors aux parlementaires de droite la justesse de leurs propos lorsqu’ils affirment qu’« il est absurde d’opposer OTAN et défense européenne, car la première fait partie intégrante de la seconde ». Vouloir l’« Europe de la défense » plutôt que l’OTAN relève en effet de l’hypocrisie caractérisée. Dans tous les cas, notre politique étrangère devra s’inscrire dans une structure impérialiste et agressive, dominée par la puissance états-unienne.

Employer l’expression d’ « idéologie européenne » n’est pas innocent. Elle permet de se démarquer du discours simpliste qui impute tous nos maux aux institutions européennes, dédouanant ainsi le capital et les gouvernements nationaux. Depuis le début, la « construction » européenne fait partie intégrante d’un projet cohérent de recomposition globale du capitalisme européen, permettant à la classe dominante d’accroitre son avantage dans le rapport de force qui l’oppose aux salariés.

En cela, les propositions de la Commission Balladur pour « réformer les collectivités locales », bien qu’elles ne soient pas étiquetées « made in Bruxelles », entrent dans le cadre de cette idéologie.

Le patronat a tout intérêt à transformer la démocratie en gouvernance technocratique, c’est-à-dire en un arbitrage entre les intérêts des différents groupes de pression patronaux. L’aboutissement de cette stratégie conduit à fragiliser les cadres démocratiques dont la population s’est emparée grâce à ses organisations politiques, syndicales et associatives. Dans notre pays, ces cadres sont d’autant plus symboliques qu’ils sont issus de la Révolution française, épisode historique que nos dirigeants actuels souhaitent minorer. Notons que l’affaiblissement de l’Etat, de la commune et du département et leur substitution (Europe, régions, communautés de communes) ont toujours été imposés « par le haut » depuis 50 ans. La « construction » européenne, horizon désormais indépassable de toute pensée politique – de droite ou de gauche –, participe à fond de ce processus. Quels que soient le problème envisagé, l’opinion ou l’intérêt défendus, la solution sera européenne ou ne sera pas.

En tant qu’internationalistes, notre but est de faire progresser les luttes à l’intérieur du continent et dans le monde. La coopération internationale est une nécessité et une chance pour le développement du niveau de vie de tous les peuples, à la condition que celle-ci s’opère dans le cadre d’échanges entre nations, profitable à tous. C’est précisément contre cela que se construit l’Europe depuis 1957. Avec la supranationalité, les peuples n’ont pas abandonné une partie de leur souveraineté à un pouvoir qu’ils exerceraient dorénavant en commun, mais ils l’ont perdue au profit du patronat.

Le cadre national reste le lieu principal de la lutte des classes. Il est le support le plus propice pour construire un rapport de force politique favorable à la satisfaction des besoins du peuple. Par leur histoire et leur cohésion, les nations sont aujourd’hui des freins, non seulement économiques, mais aussi sociaux et culturels, autant d’obstacles et de résistances à la mondialisation capitaliste. En cela, l’union des luttes à l’échelle du continent ne peut être que l’aboutissement d’un processus de maturation et d’élévation de la conscience collective, non un préalable à celle-ci.

Pendant la campagne des européennes de juin, ceux qui ont toujours soutenu les régressions imposées au nom de « l’Europe » et de ses traités, s’apprêtent à ressortir le mirage de « l’Europe sociale », sorte d’Eldorado dont on nous annonce depuis 50 ans la venue imminente. Face à cela, ne faudrait-il pas rappeler les faits pour faire s’écrouler les mythes ?

- L’Europe c’est la paix, nous dit-on. Difficile à soutenir quand 15 pays sur 27 décidèrent de partir en Irak aux cotés des USA.

- L’Europe aurait rapproché les peuples et serait le ciment de 60 ans de prospérité. Au contraire, le libre-échange, par la mise en concurrence des nations, des territoires et des individus, n’a fait qu’exacerber les vieilles rivalités. Nous constatons plutôt la progression des idées xénophobes en Europe et la radicalisation droitière des discours politiques.

- L’Europe serait la seule façon « d’exister face aux Etats-Unis ». Regardons à quel point cette logique du changement d’échelle est fallacieuse. L’omniprésence du capital américain et son poids dans la politique extérieure de l’UE sont des faits indéniables.

- L’intégration à un marché commun serait la seule façon de conserver notre « modèle social ». Cherchons ce qu’à Bruxelles on entend par là : privatisation, casse de l’industrie, remise en cause d’acquis sociaux anciens, bradage du patrimoine national...

- L’Euro devait annoncer la fin de l’hégémonie du dollar. Elle le seconda de fait comme monnaie de domination et finit par n’avoir comme raison d’être que de privilégier les importations outre-Atlantique grâce au taux de change.

Le combat contre l’Idéologie Européenne implique de la réfuter entièrement. Il ne peut être question de défendre une « autre Europe », ni « la vraie Europe », puisque ce serait manquer la nature réelle de l’UE et, surtout, contribuer à faire diversion sur le front des luttes sociales. Nous ne croyons pas que la liquidation de la démocratie soit une erreur amendable de la « construction » européenne : elle est le fondement et l’aboutissement même de son projet. Si les peuples ont pu s’accommoder de tant de régressions au nom de l’Europe, alors leur chance, au nom de la raison comme de leur survie, est bien de sortir le mythe européen de leur tête – ce qui n’arrivera pas sans lutte.

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Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, L’Idéologie européenne, fer de lance d’une politique réactionnaire, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/L-Ideologie-europeenne-fer-de.html

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