NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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L’Europe, acteur régional de la « pax americana »

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Ecoutons d’abord Javier Solana, Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE et ancien secrétaire général de l’OTAN, qui déclarait dans les colonnes du Monde, le 13 octobre 2007 : « il y a des spécificités qui sont claires : la sécurité collective, c’est l’OTAN ». Difficile d’être plus limpide.

L’ombre omniprésente de l’OTAN

Le fait de constater que 20 pays sur 27 sont désormais membres de l’OTAN suffit à comprendre quel est le poids de l’organisation atlantique dans l’UE. Les buts ont cependant évolué depuis la restauration capitaliste à l’Est, l’OTAN s’est peu à peu transformée d’outil de guerre contre un bloc, en outil de domination néocoloniale. Ainsi, dès 1995, l’OTAN déploie 60 000 soldats en Bosnie dans la force de « maintien de la paix » (IFOR). Pendant la première guerre du Golfe, l’OTAN accomplira une mission d’assistance logistique de première importance. En Afghanistan, c’est encore elle qui dirige la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) qui, renvoyant un peu plus loin la population dans le chaos, n’a fait que pérenniser la présence des intérêts américains dans la région. Aujourd’hui, en Irak, malgré la réprobation de l’agression impérialiste par plusieurs de ses membres, l’OTAN déploie un soutien logistique à la coalition. On ne peut occulter que c’est l’argent des travailleurs qui sert au financement de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (officiellement à hauteur de 110 millions d’euros pour la France).

La perspective belliqueuse ne prend donc pas fin. Bien au contraire, dans le Figaro du 28 décembre 1994, François de Rose écrivait que l’OTAN sera pour longtemps encore « la seule institution de sécurité qui puisse, en Europe, faire contrepoids à la puissance que la Russie a héritée de l’URSS ». Plus fort, Jean-Claude Zarka, auteur d’un Que sais-je ? d’une violence effarante, ira jusqu’à dire : « l’OTAN s’est acquittée d’une mission « civilisatrice » en facilitant le passage à la démocratie en Espagne [?], en Turquie [?], en Allemagne [sic] et au Portugal. Elle doit aujourd’hui faire de même avec ses anciens adversaires du pacte de Varsovie ». L’auteur se réfère à Javier Solana, alors secrétaire général, indiquant que l’Alliance a désormais pour tâche d’étendre « vers l’Est la zone où sont assurées la démocratie, la sécurité et la stabilité ». Aujourd’hui, plusieurs dizaines de bases américaines sont encore en activité en Europe et de nouvelles sont construites, notamment à l’Est. Jusqu’à 400 000 soldats états-uniens furent maintenus en Europe pendant la guerre froide. Ils étaient encore plus de 120 000 en 2005 (ce qui est équivalant aux effectifs cumulés de l’Armée de l’Air et de la Marine nationale française), mais la possibilité reste toujours ouverte de déployer des forces en grand nombre, en un temps réduit. En 2006, les Alliés se sont engagés à consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense, avec pour but à moyen terme d’atteindre une capacité de déploiement de plus de 300 000 hommes n’importe où dans le monde.

Dans les faits, le Pacte Atlantique tend de nouveau à être la base du projet d’Europe militaire remis au goût du jour. En juin 1996, la réunion des ministres des affaires étrangères au sein du Conseil Atlantique à Berlin jette les bases de cette « rénovation » de l’OTAN avec la formation du « pilier européen » (La France en étant un artisan de premier plan), dont le GFIM (Groupe de force armée multinationale) est le fer de lance. Avec la « Constitution Européenne », le projet était une nouvelle fois relancé, l’article I-41 prévoyant la « définition progressive d’une défense commune de l’Union » et « la mise à sa disposition par les Etats-membres de capacités civiles et militaires ». Celles-ci sont accompagnées d’une « amélioration progressive » des « capacités militaires » des États-membres (comprendre une augmentation des crédits). Enfin, le même article stipulait que « les engagements et la coopération (dans le domaine de la défense) demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’OTAN qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». La politique de défense de l’UE doit donc être « compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre ».

Le fait d’avoir rejeté le projet de Constitution Européenne n’a pas pour autant mis fin à l’interpénétration entre OTAN et Union Européenne, ni à l’espoir mis à chaque fois en échec par la volonté des peuples, de faire passer le domaine de la défense au niveau européen. Des dispositions à peu près identiques étaient déjà présentes dans le traité de Maastricht et gardèrent toute leur actualité avec Amsterdam et Nice. Enfin, ce n’est pas du Traité simplifié que viendra le changement, Javier Solana indiquant dans l’interview cité plus haut : « L’approbation du traité européen modifié relancera la PESD [politique européenne de sécurité et de défense] ». Le même considérait déjà quelques années plus tôt, que le poste de « Ministre Européen des affaires étrangères », rebaptisé « Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE », devait devenir une « administration sui generis indépendante du Conseil européen », c’est-à-dire un super-technocrate n’ayant aucun compte à rendre aux gouvernements nationaux ni à aucune autre instance légitime.

Des liens multiples dans le domaine de la défense

En fait, les liens entre les Etats-Unis, l’Union Européenne et les États membres dans le domaine de la défense sont bien plus nombreux et plus forts qu’il n’y paraît à première vue. Cependant ceux-ci ne sont pas « directs ». Aucun texte ne déclare de but en blanc que les armées nationales sont placées d’office sous le commandement du Pentagone (et heureusement nous n’en sommes pas encore là). À la place de liens rigides, ce sont des relations souples, ou plutôt une forêt de relations souples mais étroites, qui « intègrent » défense états-unienne et défense européenne ou plus précisément qui inféode la deuxième à la première. Ces liens visent parfois des organes civils, d’autres des moyens logistiques, d’autres des commandements militaires. Des structures la plupart du temps inconnues du grand public vont souvent servir d’articulation à cette mécanique. Il pourra s’agir de l’UEO, du GFIM, etc.

On pourra noter par exemple qu’un des dangers principaux porte sur les plans dits de normalisation où, sous prétexte de standardisation et d’interopérabilité, « des efforts sont consentis pour améliorer la coopération et éliminer les doubles emplois dans la recherche, le développement, la production, l’acquisition et le soutien des systèmes de défense ». En d’autres termes, c’est l’impossibilité de pratiquer une politique de défense autonome qui est en jeu (plus d’infrastructure indépendante pour les États européens, les Etats-Unis conservant, eux, toutes leurs capacités d’action) et donc l’asservissement dans la politique internationale.

Expliquer dans le détail les principes de cet agencement pourrait avoir un réel intérêt. Cependant, le plus court résumé que nous ayons pu nous procurer à ce sujet constitue une masse d’écriture à peu près équivalente à la moitié du présent ouvrage bien qu’utilisant des simplifications non-instinctives pour un novice. Toutefois, l’exemple de l’Union de l’Europe Occidentale est particulièrement révélateur de la pénétration de la politique américaine dans les instances européennes. D’abord, il est impératif de savoir que cette union est fort contraignante pour les parties, le titre V du traité prévoyant l’engagement automatique des signataires en cas d’agression d’un de ses membres (ce qui n’est pas le cas avec l’OTAN). Or, avec sa modification en 1954, l’article IV stipule que « les Hautes Parties Contractantes [...] coopéreront étroitement avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. En vue d’éviter tout double emploi avec les états-majors de l’OTAN, le conseil et l’agence s’adresseront aux autorités militaires appropriées de l’OTAN pour toutes les informations et tout avis sur les questions militaires ». Un accord annexe stipule, entre autres, que, pour un certain nombre de questions stratégiques, le conseil de l’UEO serait tenu d’accepter les décisions de l’OTAN. De même, c’est l’OTAN, lors de son sommet de janvier 1994, qui décidera du « renforcement du pilier européen de l’Alliance par le biais de l’Union de l’Europe Occidentale, qui se développe en tant que composante de défense de l’Union Européenne ». Deux ans plus tôt, le traité de Maastricht avait fait de l’UEO le « bras armé de l’Union », puis, dans le cadre de la mise en place du traité de Nice, les compétences de l’UEO vont être intégrées dans l’Union Européenne. Lire aussi « Le relais historique de l’impérialisme américain »

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, L’Europe, acteur régional de la « pax americana », L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/L-Europe-acteur-regional-de-la-pax.html

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