Dans le très officiel The Irish Times, un ancien économiste en chef de la Banque Centrale d’Irlande, bat en brèche le mythe du tigre celte : « Nous fournissons le travail et les mesures d’incitation fiscale, mais toutes les grandes décisions des entreprises sont prises à l’étranger, ce qui comprend bien évidemment les mesures de délocalisation guidées par la compétitivité. Le Tigre celtique n’est pas du tout celtique, sa paternité pourrait être revendiquée par les Etats-Unis. (...) Au risque de trop simplifier, nous avons abandonné notre politique de la demande à l’UE, et notre politique de l’offre aux Etats-Unis, ce qui nous laisse bien peu d’autonomie » [2]. En fin de compte, les fonds européens auront servi à permettre aux entreprises américaines de s’installer, pour délocaliser ensuite.
Par exemple, Aer Lingus, la compagnie aérienne irlandaise, a récemment décidé de transférer une partie de ses vols partant de l’aéroport de Shannon, situé dans l’Est de l’île, vers l’aéroport international de Belfast (en Irlande du nord). Il est difficile aux Irlandais d’accepter qu’Aer Lingus, qui fut une compagnie publique jusqu’en 2005, ne soit plus « à eux ». [3]
L’Irlande est maintenant confrontée à des problèmes graves de dumping social. Ayant le plus faible taux de chômage de l’Union et la Pologne le plus fort, et parce que les patrons ont toujours besoin de l’armée de réserve des chômeurs, on fait venir l’excédent de chômeurs polonais en Irlande. L’exemple le plus célèbre est celui des Irish Ferries. L’entreprise a annoncé son intention de remplacer près de 600 Irlandais par de la main-d’œuvre venant d’Europe de l’Est, payée un tiers du salaire habituel. [4] Le Tigre celte a accueilli jusqu’à aujourd’hui près de 60 % d’immigrants de nationalité polonaise. Ces derniers, confrontés au chômage et à la crise économique qui frappe leur pays, rejoignent ce pays pour occuper des postes dans le bâtiment et l’agriculture. [5] C’est une véritable mise en concurrence des travailleurs des pays émergents de l’Europe que produit l’Union Européenne : la guerre de tous contre tous, et surtout des pauvres entre eux, au lieu de la coopération entre les peuples.
Aujourd’hui, le gouvernement prépare une réforme des retraites assez proche du projet Sarkozy-Fillon. [6] L’Irlande a voté contre le traité de Nice en 2001. L’Europe qui n’a rien fait en trente ans pour régler le conflit nord-irlandais, a pris les choses en main et a fait voter un autre référendum jusqu’à ce qu’elle accepte. Selon la presse locale, l’Irlande pourrait également s’opposer au nouveau traité en cas de référendum. [7]