Ce traité était une copie quasi-conforme de la Constitution européenne déjà repoussée par les peuples français et néerlandais en 2005. La mobilisation massive des pouvoirs médiatiques et politiques en faveur du « oui » n’a pu triompher de l’hostilité populaire envers une Europe dont la nature capitaliste et les projets régressifs apparaissent désormais très clairement. Comme en France trois ans plus tôt, la classe dominante expliquait à longueur de journal que voter non était l’expression, au mieux, d’une peur irraisonnée et, au pire, d’un nationalisme nauséabond.
Qu’en est-il en réalité ? Le détail des résultats du référendum nous apprend que le vote « non » est le plus fort dans les quartiers ouvriers de Dublin (avec des pointes à 65% dans le sud-ouest) et dans les zones rurales. Reproduisant un phénomène déjà observé en France, le refus des nouveaux traités européens est un vote de classe.
Bien des analystes se lamentaient déjà la semaine dernière dans les colonnes du Monde, de Libération ou du Figaro sur l’ingratitude du peuple irlandais qui aurait, plus que d’autres, bénéficié de l’intégration économique européenne. De fait, la masse des Irlandais n’ont pas profité d’une croissance nationale soutenue depuis plusieurs années. Le niveau atteint par les loyers et les prix des produits de consommation ont tôt fait de rogner les hausses de salaires parcimonieusement consenties par le patronat. Dès lors, il n’est pas étonnant que ce peuple se soit reconnu dans les arguments du Sinn Fein, une des forces politiques les plus importantes défendant le non, qui dénonçait « la création d’un super-État antidémocratique, une militarisation croissante, l’érosion de la neutralité [défendue par la république irlandaise depuis sa fondation], la privatisation des services publics et un capitalisme sans entraves ».
Depuis plusieurs années, toutes les consultations directes des peuples d’Europe aboutissent au même résultat : le rejet des projets et des politiques portées par l’UE. Il s’avère donc que l’exercice normal de la démocratie est devenu incompatible avec les exigences de la « construction » européenne. C’est ce qu’ont bien compris l’UMP, le Modem/UDF et la majorité du PS qui ont permis ensemble la ratification du traité de Lisbonne à Versailles le 4 février dernier. Face à cette remise en cause gravissime des principes démocratiques les plus fondamentaux , seul le PCF continue inlassablement à défendre la souveraineté populaire.