La Grèce conserve sa première place en Europe en nombre de jeunes diplômés, mais aussi en nombre de diplômés au chômage [2]. Le gouvernement a voulu changer l’article 16 de la Constitution qui garantit un enseignement gratuit et public pour tous les citoyens grecs. La modification de cet article a pour but de laisser entrer en Grèce les universités privées. Autre mesure : la restriction du droit d’asile universitaire qui interdit aux forces de police d’entrer dans les universités, mesure de sinistre mémoire quand on sait que c’est celle-ci qui permis aux étudiants de combattre la dictature en 1973 [3]. C’est sur ce front que se produisit le violent conflit entre étudiants opposés à la réforme pour une privatisation des universités grecques, jusqu’ici monopole public, et le gouvernement.
Ce dernier est passé à droite en 2004, après 11 ans de domination social-démocrate (PASOK). Un des premiers gestes envisagés par le nouveau gouvernement devrait être la réforme du système des retraites, réclamée d’une même voix par la Commission européenne, le Fonds monétaire international et l’OCDE. Pendant sa campagne, le premier ministre a promis de ne pas diminuer les pensions ni de repousser l’âge de la retraite (aujourd’hui à soixante-cinq ans pour les hommes et soixante ans pour les femmes). L’opposition, pas dupe, s’attend à un alignement sur les politiques amorcées dans le reste de l’Europe.
Durant la campagne électorale, le président du Parti socialiste a proposé l’introduction du travail sans Sécurité sociale pendant au moins cinq ans pour les jeunes à la recherche d’un premier emploi. Tout le monde a fait remarquer que, dans ce cas, les patrons licencieraient pour remplacer les travailleurs actuels par de tels jeunes.
Premiers à avoir déserté les rangs socialistes, les vingt à trente ans, qui ont été marqués par les atermoiements du PASOK tout au long de la crise des universités [4], et dont les voix se sont reportées sur le Parti Communiste Grec (KKE). Les élections législatives anticipées ont donc été marquées par un recul des deux partis de l’alternance qui gèrent depuis 30 ans les affaires du pays dans l’intérêt des puissances d’argent. Le KKE, principale formation politique à remettre en cause le bipartisme, a enregistré un net succès avec 8,15 % contre 5,90 % en 2004, passant de 12 à 22 députés. Contrairement aux organisations composant le Parti de la Gauche Européenne, le KKE refuse la stratégie de social-démocratisation et d’adaptation à l’UE du capital. Son efficacité dans les luttes et son positionnement clair contre l’Union Européenne se retrouvent aux élections [5].