NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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Faut-il se méfier du « modèle social scandinave » ?

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Suède, social-démocratie ou corporatisme ?

Ce pays est présenté depuis toujours comme un exemple de concertation sociale. À tort. La Suède a toujours présenté les caractéristiques les plus achevées du capitalisme monopolistique.

Même avec un système d’impôts sur le revenu très élevés, elle reste un véritable paradis fiscal pour les entreprises. Près de la moitié des dépenses publiques sont réalisées par les communes, (au Danemark ce taux atteint les deux tiers) [1]. Les syndicats, présentés comme un modèle par le patronat européen, font preuve d’un autoritarisme hallucinant, dans une collaboration constante avec le patronat. Ils sont une courroie de transmission du parti social-démocrate, lui–même tendant à s’identifier à l’Etat. Exemple pour le moins choquant : dès lors qu’une convention collective est signée entre le patronat et la centrale syndicale hégémonique LO, les travailleurs n’ont légalement plus le droit de faire grève. Quand on connaît le degré de bureaucratisation de l’appareil et sa fidélité au dogme libéral, on comprend rapidement que la notion de droit de grève est plus que relative. En outre, comme c’est le syndicat qui assure la protection sociale, on comprend mieux pourquoi le pays peut se vanter d’avoir le taux de syndicalisation le plus haut d’Europe. [2]

De toute façon, la social-démocratie à la suédoise est peu à peu remplacée par le libéralisme à l’européenne. Récemment, les Suédois ont pu mesurer l’ampleur du dumping social européen (cf. le blocage d’une entreprise du bâtiment lettone à Vaxholm qui rémunérait ses travailleurs à des salaires bien inférieurs aux salaires locaux) [3]. De plus, Stockholm va inaugurer en 2008 la première clinique privée pour enfants. La condition préalable pour se faire soigner sera d’être titulaire d’une assurance privée. [4] Comme dans tous les pays scandinaves, on a récemment vu des entreprises transnationales exercer un véritable chantage sur l’Etat lui-même (notamment Nokia et Siemens), que l’on peut résumer ainsi : « Baissez le coût du travail ou nous délocalisons en Estonie ; l’UE vous interdit de nous en empêcher. »

Danemark, flexsécurité ou enrégimentement par le patronat ?

Le Danemark a souvent été cité en exemple pour les pays européens, notamment pour sa politique de « flexsécurité ». Ce qui participe d’une forme de malhonnêteté intellectuelle, puisque le pays se trouve hors de la zone euro. Il est même très peu europhile, puisqu’il a voté « non » au traité de Maastricht et a eu droit à deux autres référendums jusqu’à ce qu’il accepte. Il fut donc contraint d’accepter Maastricht, mais refusa l’Euro.

Que veut dire « flexsécurité » ? Les patrons peuvent licencier à leur guise, quasiment sans préavis, mais les salariés sont assurés de percevoir une allocation. En contrepartie, ils sont tenus de participer à des stages de formation pour trouver un emploi dans un autre domaine. L’ensemble peut paraître séduisant. Mais ce n’est que la face visible du décor.

Le Danemark compense son système d’aide au chômage par une pression fiscale sur les bas revenus : la TVA est à 25% (comme en Suède). C’est le taux le plus haut de l’Union Européenne. [5]

Entre 20 et 25 ans, on ne touche que la moitié de l’allocation de chômage. Encore faut-il préciser que cette allocation, versée par les syndicats, n’existe que si le salarié a pu cotiser, c’est-à-dire si son salaire le lui permettait. Sinon, il faut aller quémander une aide auprès de la municipalité. Comme si ça ne suffisait pas, le pouvoir veut maintenant étendre cette mesure jusqu’à l’âge de 29 ans. Mais un Danois sur quatre en âge de travailler (880 000 personnes) est exclu du marché du travail et ne peut subsister que grâce au subside de l’État. Qu’à cela ne tienne, pour accroître un peu plus le nombre d’actif, et de fait la précarité, l’âge de la retraite a été poussé à 67 ans. [6]

Le Danemark est en fait un paradis pour les patrons. Ces derniers ne paient pratiquement aucune cotisation, les structures sociales sont à la charge des salariés et, le système reposant sur l’adoration du marché du travail dont ils détiennent les clés, ils profitent de tout. Il existe ainsi un programme baptisé « programme de formation à un travail » qui permet à une société d’employer un chômeur pendant un mois sans débourser un sou puisque le salaire est à la charge de la collectivité, puis d’estimer, au terme de cette formation, que la personne ne fait pas l’affaire (cela nous rappelle quelque chose…). Comme en Suède, les syndicats ne cherchent pas à influer sur le cours des événements économiques. Ils se contentent de gérer les décisions patronales et d’obtenir un minimum de sécurité pour leurs adhérents. [7]

Notes

[1] Die Tageszeitung, 9 mars 2007.

[2] Les Cahiers du Communisme, n°11, novembre 1976.

[3] Dagens Nyheter, 18. juin 2007.

[4] Dana Demokraten, 25 octobre 2007.

[5] Le Monde, 20 juin 2007.

[6] Berlingske Tidende, 17 mai 2006.

[7] L’Humanité, 14 avril 2006.

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, Faut-il se méfier du « modèle social scandinave » ?, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Faut-il-se-mefier-du-modele-social.html

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