Les 48 heures resteraient cependant la durée légale du travail dans l’UE. Ardemment souhaité par le très libéral gouvernement « travailliste » du Royaume-Uni, cet accord a été permis par le retournement des représentants français, auparavant hostiles.
Déjà en pointe dans la lutte pour l’allongement de la durée légale du travail et de cotisation pour les retraites et pour les allègements de cotisation sociales patronales en France, le ministre du travail Xavier Bertrand s’est félicité d’un tel résultat. Pour lui, « l’heure est clairement à la relance de l’Europe sociale ». On ne saurait lui donner tout à fait tort : nul doute que M. Bertrand ne se sente beaucoup plus à son aise dans une Europe sociale où seuls les avis autorisés des gouvernements libéraux, des experts économiques et des patrons de multinationales comptent véritablement que dans une France mobilisée depuis des mois contre sa politique. De retour de Bruxelles, le ministre a beau jeu de vouloir rassurer les salariés en réaffirmant que la durée légale du travail reste les 35 heures hebdomadaires et que les conventions collectives continuent à s’appliquer.
Un recul fondamental
Mais comment ne pas faire le lien entre ce recul fondamental que les travailleurs des îles britanniques et des pays de l’est – à cause de la faiblesse de leur droit du travail – seront les premiers à subir et l’évolution des conditions des salariés en France ? L’allongement de la durée du travail dans le cadre de « dérogations » au régime commun est une pratique qui se répand dans les entreprises. On se souvient des chantages à la délocalisation : « acceptez l’allongement des horaires pour le même salaire ou l’usine sera fermée » qui ont concerné, entre autres, Siemens et Volkswagen en Allemagne mais aussi Ronal en Moselle. Promouvoir l’exception dans l’application du droit du travail et des conventions collectives, à travers la validation des accords d’entreprise et des accords « individuels » – entre le salarié et le patron – revient à livrer les travailleurs à une exploitation maximum.
La nouvelle décision européenne est donc le signal de nouveaux reculs très graves, renforçant le MEDEF et le gouvernement dans leur entreprise de démantèlement des protections durement conquises par le mouvement ouvrier depuis plus d’un siècle. Rappelons que la journée de 8 heures a été obtenue en 1919 et la semaine de 40 heures en 1936. Dès lors, il est légitime de s’inquiéter avec la CGT des « déclarations d’autosatisfaction du ministre du Travail français, Xavier Bertrand, (qui) éclairent l’enjeu du projet de loi de déréglementation du temps de travail qui doit être validé au Conseil des ministres français du 18 juin, et qui anticipe déjà sur la mise en œuvre de l’opt out [= dérogation] dans le droit français ».