La collaboration et la concurrence avec la puissance états-unienne constitue l’appui principal du pouvoir communautaire européen en quête de compétences accrues. C’est la thèse que défend avec beaucoup de conviction la journaliste Florence Autret à l’aide d’exemples récents touchant entre autres à l’implantation des lobbies américains à Bruxelles, au droit européen de la concurrence, à la mise en place de normes industrielles et à la coopération spatiale.
L’analyse du lobbying américain auprès des institutions européennes est particulièrement éclairante : les multinationales d’outre atlantique voient dans l’existence et la consolidation du pouvoir législatif européen une aubaine pour la protection de leurs intérêts. Economie d’échelle d’abord puisque tous les moyens peuvent être concentrés sur une seule représentation au lieu de disperser son énergie dans les capitales des 27 Etats. Economie de temps ensuite puisque le nombre de personnes influentes à convaincre est faible et gravite dans le même milieu que les représentants de ces multinationales. Economie d’arguments enfin puisque le fonctionnement institutionnel européen dispense les lobbyistes d’engager des grandes campagnes d’opinion, ce qui en dit long sur la légitimité démocratique des institutions bruxelloises. En contrepartie, les responsables de la Commission voient leurs positions confortées face aux Etats membres puisqu’ils apparaissent comme les interlocuteurs légitimes de groupes privés dont le chiffre d’affaire dépasse souvent le budget d’un Etat de taille moyenne.
D’autres passages viennent renforcer l’idée selon laquelle la « gouvernance » de l’UE, loin d’être un compromis ou une synthèse entre les modes de fonctionnement des Etats nationaux, s’inspire directement des pratiques états-uniennes. Par ailleurs, si les dangers d’une ingérence américaine est signalée, l’auteur n’y voit aucune raison de dénoncer les procédures de décision internes à l’UE. Au contraire, il s’agirait de défendre une véritable autonomie européenne qui passerait par une plus grande intégration. Mais la perspective du renforcement d’un pouvoir dont on connaît désormais la complicité avec les seuls milieux d’affaires internationaux ne devrait pas nous inquiéter car la démocratie européenne ne fonctionnerait « pas plus mal que la république française qui accélère sa course vers l’oligarchie ». Il n’est cependant pas certain que le lecteur soit convaincu par un tel plaidoyer en faveur d’une Europe-puissance efficace et sûre d’elle-même, capable de s’imposer sur la scène mondiale sur le même mode que les Etats-Unis.