NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



Accueil du site > La question nationale > Défense de la nation > Célébrations du 9 mai : un nationalisme européen qui ne dit pas son (...)

Célébrations du 9 mai : un nationalisme européen qui ne dit pas son nom

samedi 9 mai 2009, par Benjamin Landais

Le 9 mai a été promu au rang de « journée de l’Europe » il y a 23 ans. Chaque année, les institutions européennes, les gouvernements des Etats membres s’efforcent d’organiser des manifestations susceptibles de promouvoir la « construction » européenne auprès des « citoyens européens » et de susciter leur enthousiasme. Peine perdue pour l’instant.

L’enthousiasme populaire introuvable

L’intérêt des populations pour l’Union Européenne reste faible voire marginal. L’abstention pour les élections européennes est plus forte que pour tous les autres types d’élections et augmente à chaque nouvelle mandature. Ce phénomène se retrouve dans la quasi-totalité des pays de l’UE, l’abstention atteignant des sommets en Europe centrale, avec un taux de près de 85 % en Slovaquie. L’intérêt passager de la population pour un sujet européen ne semble être au rendez-vous que lorsqu’il s’agit de dire NON à la poursuite d’une politique européenne structurellement antidémocratique et favorable aux intérêts du patronat comme le 29 mai 2005.

Cette année encore, l’enthousiasme populaire est totalement absent. Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, dont l’opinion découvre aujourd’hui seulement l’existence, déclare ainsi au Figaro : « je souhaite que cette journée soit populaire parce que je crois que l’Europe doit être moins réservée aux élites ». Cette simple phrase nous replonge dans l’atmosphère des débats de la campagne du référendum sur la Constitution Européenne. A côté des thuriféraires agressifs de la « construction » européenne montrant au grand jour leur mépris de classe, d’autres hommes politiques se contentaient d’exprimer un étonnement béat devant une opposition massive des Français au projet européen. C’est cette attitude qu’on retrouve chez ce secrétaire d’Etat et dont l’exemple le plus frappant avait été donné par le président Jacques Chirac lors d’un débat, pourtant censé être réglé au millimètre avec un parterre de jeunes en 2005.

C’était l’époque de la « France d’en haut » et de la « France d’en bas » chère au premier ministre Raffarin. Médias et hommes politiques n’ont pas été longs pour interpréter cette opposition majoritaire des Français comme une simple incompréhension entre l’ « élite » et le « peuple ». Depuis lors, la priorité est à la « pédagogie » et à l’ « incarnation » de l’idée et de la citoyenneté européennes. Des programmes scolaires au jeu de loterie, le sens européen de chacun est censé être sollicité et développé à tous les instants. Les célébrations du 9 mai participent de ce phénomène : le déploiement d’un immense drapeau européen et le rappel des grandes étapes de la « construction » européenne lors de l’ouverture de la finale de la coupe de France, manifestation nationale par excellence, devrait être le point culminant de la journée.

Une manifestation du nationalisme européen

Que célèbre-t-on au juste le 9 mai ? Officiellement, la journée de l’Europe commémore le discours de Robert Schuman, préparé en petit comité par Jean Monnet et quelques hauts fonctionnaires, sur la création de la CECA, lors d’une conférence de presse tenue au Salon de l’Horloge le 9 mai 1950. Un événement à l’image de l’Union Européenne actuelle : des décisions préparées par des commissions de spécialistes, inspirées directement par les lobbies patronaux (à l’époque les cartels français et allemands de la sidérurgie) et soutenues par les forces politiques au pouvoir, qu’elles soient démocrates-chrétiennes ou sociale-démocrates. De fait, le 9 mai 1950 est un non-événement, une simple étape dans la maturation d’un projet technocratique. Les mots de Schuman n’ont ébranlé ni l’Europe ni la France, n’ont soulevé aucun enthousiasme populaire.

Mais que révèlent ces efforts répétés des institutions de Bruxelles, des gouvernements, des médias dominants et de la plupart des partis, y compris ceux qui adoptent une position critique vis-à-vis de « l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui », pour célébrer la « construction » européenne ?

Fête, hymne, drapeau, devise et valeurs européens, tout cela ressemble précisément à la symbolique nationale. L’union Européenne possède aussi ses « pères fondateurs », hommes politiques de l’après-guerre dont on gomme généralement la partie la moins flatteuse de la biographie. Elle cherche désormais à promouvoir des manifestations de masse qui célèbreraient l’attachement concret de la population à cette nouvelle entité.

Les polémiques sur les limites culturelles de l’Europe, sur l’européanité de la Turquie dans la perspective de son adhésion à l’Union, sur l’apparent dilemme entre approfondissement et élargissement communautaire ou encore sur l’Europe protectrice nourrissent ce glissement des débats politiques vers la question de l’attachement identitaire européen. Cette évolution est d’ailleurs favorisée par les positions publiques défendues par l’extrême droite nationaliste, pourfendeuse de l’ « Europe supranationale ». Elle est aussi poussée par les discours qui tendent à interpréter les « blocages » institutionnels européens comme les résultats de l’égoïsme des nations – lorsque le Royaume-Uni et la Pologne sont pointés du doigt – incapables de s’accorder sur l’intérêt supérieur européen.

Choisir entre deux nationalismes ?

Serons-nous donc sommés de choisir entre deux nationalismes ? Entre celui qui oppose les travailleurs entre eux au niveau national et un nationalisme européen qui ne dit pas son nom ? Entre un étouffement des conflits sociaux au nom d’une union sacrée nationale et un dialogue social européen où le patronat négocie avec ses propres créatures ? Entre une puissance militaire française intervenant dans ses anciennes colonies et une armée communautaire guerroyant contre le « terrorisme » dans les pays du tiers-monde, la bonne conscience en plus ?

A vrai dire, la différence entre ces deux alternatives n’est que de façade. Le nationalisme, qu’il soit français ou européen, nie les affrontements de classe au plus grand profit de la bourgeoisie, qu’elle soit nationale ou pas. Le nationalisme, français ou européen, est le promoteur d’un impérialisme agressif susceptible de mobiliser la population pour ses propres buts. La nation que défend le nationalisme, français ou européen, n’est pas celle de la souveraineté populaire mais celle du pouvoir absolu du patronat, assis sur un adhésion identitaire apolitique.

Qu’on ne s’y trompe pas, ces deux nationalismes n’ont rien d’incompatible. Pour preuve, les petits groupes de manifestants qui ont contesté la victoire électorale du parti communiste moldave au mois de mars – pourtant reconnue par les observateurs de l’OSCE – ont été les exemples mêmes de cette fusion. Se référant explicitement à la personnalité du général Antonescu, dirigeant fasciste de la Roumanie de 1940 à 1944, et au projet de « grande Roumanie », ces fils et filles de la bourgeoisie de Chisinau, majoritairement étudiants, arboraient tout à fois drapeau roumain et drapeau européen. Comme pour la soi-disant « révolution orange » d’Ukraine, les forces politiques réactionnaires trouvent dans l’Union Européenne un soutien concret à leurs entreprises mais aussi un symbole évident d’identification.

La position communiste et le refus du nationalisme européen

Le refus du nationalisme ne peut donc en aucun cas fonder une adhésion a priori au projet européen, quel que soit le contenu plus ou moins fantasmé qu’on lui attribue. L’enthousiasme pro-européen que manifestent, plus ou moins sincèrement, les militants de la quasi-totalité des partis politiques français, y compris le PCF, lorsqu’ils sont engagés dans la campagne pour les élections européennes du 7 juin est donc porteur de nombreuses illusions.

Défendre la nation, dans une optique non nationaliste, comme cadre le plus favorable aux intérêts des classes populaires, comme théâtre concret de l’affrontement de classe aujourd’hui et comme l’héritage de conquêtes démocratiques et populaires de premier plan reste plus que jamais d’actualité. Le cadre européen confirme tous les jours, quant à lui, sa nature de classe. En témoigne l’adoption récente, à une écrasante majorité, du rapport Linblad sur la condamnation du communisme en Europe, sous toutes ses formes, par le parlement européen. Les tentatives d’un secrétaire d’État, d’une chaîne de télévision ou d’un parti euro-réformiste pour insuffler un sentiment européen à une population qui persiste malgré tout dans son indifférence sont pour longtemps vouées à l’échec. La « pédagogie » euro-constructive qui tente de masquer la réalité du rapport de force au niveau européen ne convainc que ses promoteurs.

Depuis la victoire du NON au référendum de 2005, le PCF a manqué beaucoup d’occasions de se débarrasser de cette illusion mortifère. Sa direction l’a, bien au contraire, largement renforcée et continue de mettre en avant ce réformisme européen pour justifier toutes sortes de rassemblements hétéroclites au niveau national (collectifs antilibéraux et maintenant Front de gauche) dont on a pu constater les effets en termes de démobilisation militante et même électorale, bien que ce dernier objectif semblait devoir primer. La coalition électorale du Front de gauche, où le PCF se fait discret malgré le caractère marginal des formations alliées (PG et GU), en vient ainsi à défendre le slogan de « changer d’Europe », revendication de toujours des sociaux-démocrates.

L’attitude euro-constructive, qui est une des formes de l’adhésion au nationalisme européen puisqu’il place la construction d’une entité européenne comme préalable absolu à toute intervention politique, montre ici sa conséquence la plus grave : l’abandon d’une position de lutte au profit d’une position réformiste et respectueuse des cadres politiques et sociaux imposés par le capitalisme dans un contexte d’exacerbation de l’impérialisme. Un retour critique sur l’évolution des partis socialistes européens et leur conversion progressive au nationalisme et à une attitude d’accompagnement et de gestion du capitalisme avant la première guerre mondiale devrait pourtant nous éclairer sur les dangers d’une telle dérive et sur les raisons d’être de notre parti depuis sa fondation en 1920.

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Benjamin Landais, Célébrations du 9 mai : un nationalisme européen qui ne dit pas son nom, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Celebrations-du-9-mai-un.html

rechercher

SPIP | squelette | | Suivre la vie du site RSS 2.0