NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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Bilan de l’introduction de l’euro : aubaine pour les capitalistes et rigueur pour la population

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Dans la vie quotidienne des Français, le passage à l’euro s’est d’abord manifesté par des hausses sensibles dans les prix à la consommation. Par contre, force est de constater que la monnaie unique a tenu toutes ses promesses à un autre niveau. Les tenants de l’orthodoxie monétaire et les marchés financiers avaient de quoi être réjouis.

Bien que Jean-Claude Trichet s’en défendît à l’époque en citant une étude de l’INSEE [1] confirmant l’absence de dérapage de l’inflation, l’augmentation des prix était bien réelle. L’arrivée programmée de l’euro a ainsi correspondu à la poursuite d’une lente baisse de prix dans l’électroménager, l’audiovisuel et le matériel de traitement informatique mais a provoqué une véritable flambée des tarifs d’un certain nombre de produits de première nécessité comme le lait, le beurre, les yaourts ou la lessive dès juillet 2001 [2]. Bon moment pour acheter un frigo qui risque de rester vide …

Par contre, force est de constater que la monnaie unique a tenu toutes ses promesses à un autre niveau. Les tenants de l’orthodoxie monétaire et les marchés financiers avaient de quoi être réjouis. Pour les premiers, l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE) par rapport au pouvoir politique avait été garantie par plusieurs clauses. Si ses représentants sont tenus de faire des rapports auprès du Conseil et du Parlement européens, ces derniers n’ont aucune possibilité de donner des consignes en retour. Les institutions de l’Union Européenne réussissent cette prouesse extraordinaire de créer un organe encore plus anti-démocratique et plus irresponsable qu’elles, tout en disposant d’un pouvoir colossal. Dans les faits, la BCE se contente de faire respecter ses objectifs en terme de stabilité des prix et de niveau d’inflation [3], maintenant et aggravant les politiques monétaires menées en Europe depuis 25 ans. Ces deux objectifs passent même avant la politique de change qui, quant à elle, dépend encore officiellement des autorités politiques.

Pour les seconds, l’introduction de l’euro a signifié un nouveau développement des marchés financiers qui conduit les différentes économies à ne constituer que des parties d’un réseau européen d’échange (lui-même fortement intégré dans un réseau mondial comme l’a montré l’OPA de la bourse de New York sur Euronext). Le « prix » du capital est lui aussi abaissé par cette intégration monétaire. Cette diminution ne bénéficie cependant pas à une hausse de l’investissement mais à une facilité nouvelle apportée à la concentration des capitaux : dès 1999, la valeur des fusions-acquisitions atteint 638 milliards dans la zone euro alors qu’elle s’établissait à seulement 272 milliards d’euros un an plus tôt. Dès l’an 2000, le marché des obligations en euros atteignait la taille de celui en dollars [4]. On constate aussi un accès plus ouvert au marché financier auparavant essentiellement occupé par les banques. Cela correspond à un développement à grande vitesse de la titrisation, qui fut introduite en France le 23 décembre 1998 [5]. Les Bourses ont connu quant à elles une hausse considérable de leur capitalisation. Des fusions ont aussi commencé à « rationaliser » le secteur comme la création d’Euronext (Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne) qui devient la deuxième Bourse d’Europe avant Francfort et après Londres. Pour approvisionner ces marchés financiers en expansion, les privatisations (France Telecom, EDF,…) et la mise en place progressive de retraites complémentaires – bientôt principales ? – par capitalisation dans les pays membres sont mis à contribution. Voilà les spéculateurs rassurés : le retard européen en terme d’organisation des marchés financiers et de développement du capital-risque est en train d’être comblé. Les perspectives de rentabilité du capital vont croissant, autant de pris sur la part des salaires dans la valeur ajoutée qui continue de baisser [6].

Enfin, nous constatons à l’heure actuelle que le cours de l’euro sur le marché des changes bat chaque jour un nouveau record face au dollar. Le maintien de taux relativement élevés par la BCE contribue largement à la pérennité de cette situation. Par conséquent, les mauvaises conditions faites aux exportations rappellent les années 1980 lorsque les produits français étaient renchéris par la surévaluation du franc au sein du SME.

L’euro nous était vanté sous l’angle de la facilité de circulation, permettant de ne pas avoir à changer de devise, lors de déplacements à l’étranger. On pourrait rétorquer que, rares sont ceux qui ont les moyens aujourd’hui de quitter leur pays ou même de prendre des vacances en France. De toute façon, l’euro revient à troquer 2 % de commission au change contre 30 % d’augmentation des prix toute l’année.

Notes

[1] Cette étude montrait que l’impact de l’introduction de l’euro fiduciaire avait contribué à une hausse limitée à 0,14 point de l’inflation française entre janvier et septembre 2002.

[2] Une étude publiée par 60 millions de consommateurs de l’été 2001 a révélé des hausses de 10 à 20 % sur certains produits de grande consommation dans les grandes surfaces, comme le lait, le beurre, les yaourts, la lessive. La hausse pouvait se révéler bien plus importante sur certains produits particuliers : + 41,3 % sur un litre de lait , + 38 % sur un kilo de lessive, + 32,1 % sur une plaquette de beurre, + 20,7 % sur un pack de yaourts, + 18,4 % sur un shampooing, + 15,1 % sur un kilo de farine, + 12,2 % sur un pack de six bouteilles d’eau minérale… (cité par l’Humanité du 3 et du 8 septembre 2001)

[3] art. 105 du traité de Maastricht

[4] En 2001, ce volume était de 1 403 milliards d’euros contre un peu plus de 1 100 milliards d’euros équivalent d’émissions en dollars

[5] Il s’agit d’une technique consistant, pour une banque, à mettre sur le marché des crédits figurant à son actif sous la forme d’un titre négociable. Le financement et le risque de non-remboursement sont alors transférés vers le détenteur du titre, ce pourquoi on parle de désintermédiation. La Banque Centrale européenne et les institutions de l’UE en général ont poussé les banques commerciales à développer ces opérations. L’Europe participe ainsi au développement une pratique qui est très répandue aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans. C’est notamment ce système qui a fait parler de lui lors de la crise des subprime qui a ruiné des dizaines de milliers de ménages modestes il y a quelques mois et qui commence à toucher le système bancaire français (la Société Générale en premier lieu) en ce début d’année 2008.

[6] Cette part passe de 71,5 % en 1992 (plus de 76 % en 1975) à moins de 69 % en 2002 pour l’Europe des 15 (Europäische Wirtschaft, Nr 71, 2001, Statistischer Anhang, Tabelle 32, European Economy Nr 4, 2004, Statistical Annex, Table 32)

Citer

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, Bilan de l’introduction de l’euro : aubaine pour les capitalistes et rigueur pour la population, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Bilan-de-l-introduction-de-l-euro.html

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