Les personnes touchant le revenu minimum garanti (Minimex) ont été ensuite obligées en 2002 d’accepter un parcours d’insertion. Le plan du député socialiste Vanderbrook a étendu ce système à tous les travailleurs au chômage depuis plus de 15 mois. Tout chômeur doit ainsi présenter personnellement toutes les preuves établissant qu’il recherche des emplois dont on sait pourtant qu’ils n’existent pas. Si ses efforts sont jugés insuffisants, il doit signer un contrat décrivant les efforts qu’on attend de lui. Quatre mois plus tard, il reçoit une nouvelle invitation au cours de laquelle le « facilitateur » (sic !) vérifie s’il a respecté le contrat ou non. Si ce dernier estime que ce n’est pas le cas, le chômeur est suspendu pendant quatre mois ou son indemnité est ramenée au minimum vital (s’il est chef de famille ou isolé). Quatre mois plus tard, c’est le troisième et dernier entretien. Si son résultat est encore négatif, ce sera la suspension définitive. [3]
Toute cette casse sociale intervient sur fond de nationalisme flamand, teinté de corporatisme pour les plus nantis. Même Yves Leterme, chargé de former un gouvernement pendant des mois, sans trouver d’accord avec les partis nationalistes flamands, ne parle que de « responsabiliser » les Wallons. [4] C’est ce procédé qui conduit aujourd’hui au délitement du pays. Chacun pour soi, et Dieu avec le plus riche ! Déjà cette logique de « responsabilisation », très en vogue à Bruxelles, conduit la plupart des partis flamands à réclamer la partition du régime de sécurité sociale entre Flandre (au capitalisme prospère) et Wallonie (en grande difficulté économique depuis la liquidation de la mine et de la sidérurgie, dont on a aussi pu voir l’origine…). Mais les commissaires, si prompts à faire appliquer le principe de non-discrimination quand il s’agit de réhabiliter le travail de nuit des femmes dans l’industrie, ne s’en est pas inquiété outre mesure. De la même façon qu’en Italie, où l’on voit depuis longtemps l’extrême droite jouer la carte du régionalisme, poussé par l’idée d’ « Europe des régions », le capital flamand voit d’un bon œil la possibilité d’une décentralisation de la sécurité sociale, du financement du chômage ou de la politique fiscale. Si ne plus avoir à payer pour les régions moins favorisées, passe par plus d’autonomie, casser le principe démocratique de mutualisation des coûts se fait sans aucun scrupule. Tout le monde sait bien qu’entre riches et pauvre il ne peut y avoir de discrimination, puisque les pauvres n’ont qu’à devenir riches pour ne plus être discriminés…