Les « réformes » mises en place par le gouvernement social-démocrate allaient déjà dans ce sens. Le SPD a engagé une « réforme » de la protection sociale qui n’envierait rien aux projets des industriels, et pour cause, elle porte même le nom d’un de ses membres les plus prestigieux, Peter Hartz, ancien dirigeant de Volkswagen. L’ancien président du SPD, Franz Müntefering, qui vient de quitter ses fonctions de Vice-chancelier et de ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales du cabinet Merkel, décrit dans le même ton l’« Agenda 2010 », véritable feuille de route du patronat allemand, comme « le progrès le plus avancé dans la transposition nationale de la stratégie de Lisbonne » [1].
L’Agenda 2010 prévoit le démantèlement des mesures de protection en cas de maladie, de vieillesse ou de licenciement et l’abolition du statut de chômeur de longue durée. Continuation des réformes Hartz [2], nom donné à la déréglementation généralisé du marché du travail en Allemagne, de 2003 à 2005, sous le mandat du chancelier Gerhard Schröder (SPD). Ces mesures du SPD furent votées avec le soutien de la majorité CDU du Bundesrat. Visant soit disant à « renforcer la lutte contre le chômage volontaire » (cela nous dit quelque chose…), elle furent en fait un moyen pour précariser un peu plus les conditions de vie des travailleurs, notamment à l’Est, dans le but d’exercer de nouvelles pressions sur des salaires déjà fortement restreints. C’est dans ce cadre que l’on vit arriver la réduction des indemnités versées aux chômeurs de longue durée qui refuseraient d’accepter des emplois en dessous de leur qualification et les pressions exercées sur les chômeurs pour accepter un salaire inférieur à la convention collective du secteur. D’autres mesures furent introduites comme la possibilité de réduire les allocations d’un chômeur dont les ascendants ou descendants ont des économies. Avec ces réformes, les indemnités de chômage sont passées d’une durée de 32 mois à 12 : c’est le fameux « Arbeitslosengeld I ». Passée cette durée le chômeur est considéré comme chômeur de longue durée et reçoit le « Arbeitslosengeld II », l’équivalent du RMI (environ 350 euros). [3]
Le gouvernement de « grande coalition », cité en exemple par Sarkozy et ses ministres, peut se targuer d’une baisse du chômage qu’elle crée par des méthodes strictement comptables. Reste que plus de 5,3 millions d’Allemands perçoivent une allocation qui seule leur permet de survivre. Pour tous les autres travailleurs, c’est un peu plus de pression qui est exercée au quotidien.
Autres réformes : l’augmentation de trois points de la TVA, le passage de la retraite de 65 à 67 ans, la « réforme » du système de santé, le lancement de la privatisation des chemins de fer, la déréglementation du marché de l’énergie, sans oublier bien entendu la baisse de l’impôt sur les bénéfices des entreprises. Le ministère du Travail a même reconnu que les salaires sont aujourd’hui plus bas qu’aux lendemains de la réunification. [4]
À l’origine, ce type de « réformes » date de l’époque où Bill Clinton a imposé sa notion de workfare, suivi par Tony Blair. La logique de ces réformes est la suivante : l’intégration doit se faire par le travail, même si ce travail est précaire ou pénible.
À cela s’ajoute la répression syndicale. Lorsque ont éclaté récemment de nombreuses grèves (Deutsche Bahn, pour l’augmentation des salaires et le refus de la privatisation, avec 95,8 % de gréviste. A Deutsche Telekom, où 15 000 salariés ont débrayé pendant plus de quarante jours), des interdictions de grève ont été prononcées. [5] La direction a finalement accepté de baisser les rémunérations des nouveaux arrivants de 6,5 % au lieu des 12 % initialement prévus. Mais d’ici à 2012, les salaires à l’embauche devront être réduits de 30 %.
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que des manifestations de grandes ampleurs aient eu lieu un peu partout en Allemagne, notamment à l’Est, contre les lois Hartz IV. En France, elles eurent un traitement médiatique à la hauteur du professionnalisme des rédactions des grands quotidiens nationaux…
C’est véritablement le retour à la misère dans la première puissance économique du continent. Récemment le financement de la santé a soulevé un débat portant sur le remboursement à 100% des prothèses dentaires (le « Gebissbezahldebat ») [6]. Une question raisonnable a été soulevée : dans la première économie de l’Europe, est-il concevable que riches et pauvres puissent se reconnaître à leur dentition ?