NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.



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Airbus : un outil performant mis en pièce au profit du capitalisme européen

samedi 1er mars 2008, par Collectif

Le cas d’Airbus est tout à fait exemplaire pour montrer le processus de perte du contrôle par les nations de leurs outils de production pour le plus grand profit des capitalistes.

L’entreprise est née dans les années 70 de la coopération de deux entreprises publiques, allemande et française : MBB et Aérospatiale. Suivant la logique européenne de désengagement des États, Helmut Kohl vend l’entreprise aéronautique allemande à Daimler dans les années 80. En 1999, c’est Dominique Strauss-Kahn, ministre des finances du gouvernement Jospin, qui engagera la privatisation par la fusion avec Matra (entreprise n’ayant pourtant aucun lien avec l’aviation civile), laissant le groupe Lagardère devenir actionnaire de référence, l’État s’abstenant d’interférer dans la gestion de l’entreprise. Après la fusion avec Daimler, le groupe deviendra EADS, société dans laquelle la participation publique devient minoritaire. Petite précision : les pouvoirs publics avaient porté à bout de bras l’entreprise depuis près de vingt-cinq ans, à juste titre. Ils y avaient investi des moyens considérables, lui faisant profiter de la recherche universitaire. Mais alors, l’entreprise se voit privatisée pour un prix très en dessous de sa valeur au moment même où elle engrange des profits et où son avenir est assuré sur le long terme. L’investissement des moyens de la nation aura donc une nouvelle fois servi à accroître l’épaisseur du portefeuille d’une poignée de privilégiés.

C’est encore sous couvert de constituer une « entreprise européenne intégrée » que les restructurations seront faites. On prétendra qu’il s’agit d’une « modernisation » de l’outil industriel. Les déclarations des parties prenantes étaient claires. Pour Hans Peter Ring, directeur financier du groupe, il s’agissait « d’affirmer la priorité de la création de la valeur pour l’actionnaire ». Les possibilités de profits spéculatifs à brèves échéances et une logique purement financière vont donc tout de suite prendre le pas sur l’objectif industriel. Ainsi, à l’automne 2006, la direction du groupe prendra prétexte de retards de commande (dus en grande partie au blocage des investissements humains, matériels et de recherche [1]) et de l’euro jugé trop fort (dû à une autre politique européenne que nous avons vue) pour lancer le plan Power 8 [2]. La manœuvre est pour le moins surprenante : des retards sont constatés à cause d’un manque de personnel et la réponse de la tête du groupe est ... de supprimer encore plus d’emplois !? Pendant qu’à droite on fait l’autruche, les réponses de gauche à cette situation sont édifiantes, Ségolène Royal allant jusqu’à réclamer que ce soit les régions qui recapitalisent Airbus, c’est-à-dire qu’encore une fois l’argent des travailleurs renfloue les caisses vidées par Lagardère et consort [3].

Le cas Airbus est emblématique des engagements européens de suppression des entraves à la délocalisation. Les gouvernements successifs ont justifié la liquidation de la sidérurgie, du textile, des jouets, bref de dizaines de filières industrielles au motif que, devant les règles du marché mondial, il ne fallait porter les efforts que sur les technologies de pointe. Or, Airbus est le prototype de cette technologie de pointe, de l’excellence de l’industrie française lorsqu’elle est correctement planifiée et c’est au contraire son entrée dans la logique financière qui provoque son dépérissement. Airbus est donc l’exemple « vivant » – à l’inverse de la logique européenne – que la coopération entre nations souveraines est à la fois gage d’efficacité, de développement réciproque et d’élévation de la condition des travailleurs [4].

Notes

[1] Rappelons que le PDG Noël Forgeard s’était réjoui peu avant : « d’avoir économisé 1 milliard sur les investissements pour satisfaire les actionnaires ».

[2] Consistant en la suppression de 10 000 emplois dont 4 300 en France et la cession de 6 sites en Europe dont celui de Méaulte, au prétexte que l’investissement dans celui-ci s’élèverait à environ 600 millions d’euros. La direction n’avait pourtant pas hésité à lancer un processus de rachat d’actions de plusieurs milliards afin de faire artificiellement grimper le cours de l’entreprise en bourse.

[3] On constatera qu’encore une fois ce furent les journalistes les plus farouchement pro-européens qui allèrent le plus loin, qu’il s’agisse de Jean-Marie Colombani ou de Nicolas Demorand posant carrément la question, le 23 mars 2007, sur l’antenne de France Inter : « Mais vous ne pensez pas que c’est plutôt le trop d’Etat qui a nui à la bonne gouvernance d’Airbus, comme on dit ? ». Il ne faut pas avoir peur de dire cela, quand on sait que les groupes Lagardère et Daimler Chrysler font aujourd’hui l’objet d’une enquête portant sur un délit d’initié dans cette affaire qui leur aurait permis d’empocher près de 900 millions d’euros chacun.

[4] On pourra noter enfin que dans les conditions imposées par Bruxelles, une entreprise comme Airbus n’aurait tout simplement pas pu exister étant donné que l’investissement public dans les secteurs dits « concurrentiels » est prohibé

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Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, Airbus : un outil performant mis en pièce au profit du capitalisme européen, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/Airbus-un-outil-performant-mis-en.html

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