La réalité de la CEE
L’ « ouverture des frontières », comprenez l’abaissement des droits de douanes sur la plupart des marchandises, est le seul objectif du traité de Rome qui ait été réalisé avant l’heure. Commencé le 1
La politique gaullienne
Au niveau économique, le Général de Gaulle tente de s’opposer à la pénétration étrangère, particulièrement américaine. Il poursuit dès lors une politique de soutien aux groupes privés français et de création de grandes industries nationales sur base publique (informatique, aéronautique, énergie, …). Il tente aussi de s’opposer à la suprématie du dollar en cherchant à redonner à l’or un statut réel dans le système monétaire international. Tout en restant un allié exemplaire des Etats-Unis dans les moments cruciaux, de Gaulle mène une politique étrangère qui se veut plus indépendante. Il s’oppose notamment à la conception d’une Europe réduite à sa pointe occidentale, véritable tête de pont de l’Alliance atlantique sur le continent. Cependant, l’illusion « indépendantiste » – on a même parlé d’une Europe autonome, à mi-chemin entre l’Est et l’Ouest [2] – que nourrit l’ensemble de ces attitudes tombe rapidement.
Au niveau européen, la politique gaullienne est responsable de l’abandon d’un principe de fonctionnement majeur inscrit dans le Traité de Rome. Après la crise du 30 juin 1965, le compromis dit « du Luxembourg » est trouvé : la règle de l’unanimité doit subsister si des intérêts très importants d’un État-membre sont en jeu. Mais c’est aussi à ce moment qu’une habitude commence à se mettre en place, celle du recours à l’Europe comme instrument ou comme prétexte de la régression sociale au niveau national. De Gaulle et Pompidou invoquent ainsi les nécessités de l’ « échéance européenne » de juillet 1968 afin d’imposer les pouvoirs spéciaux permettant l’attaque de la Sécurité sociale. La dévaluation du franc d’août 1969 est elle aussi justifiée par les exigences de la « concurrence européenne ». Le changement d’attitude du gouvernement français s’accélère au lendemain de mai 1968 qui reste encore pour l’époque une « grande peur de la bourgeoisie » : il se déclare plus européen, plus atlantique et illustre cette idée que « l’intégration est aussi un front commun des monopoles contre la classe ouvrière et le peuple ». [3]
Elargissement et nouvelle relance
Président de la Commission, le professeur Hallstein prétend en 1962 devant la presse que le « succès surprenant » de l’Europe réfute le marxisme-léninisme car elle montre que « les Etats capitalises surmontent leurs contradictions et s’unissent », trouvent l’ « invulnérabilité en face des crises » et « une expansion économique constante ». [4] La réalité se révèle un tantinet différente. Le rythme annuel de progression de l’industrie de la CEE est ainsi inférieur entre 1964 et 1969 qu’entre 1959 et 1964 alors que le marché commun est plus avancé dans la seconde période. Il serait cependant absurde d’attribuer à l’ouverture du Marché commun l’essoufflement de la production. Il n’existe en fait aucune corrélation directe entre les deux phénomènes, la Grande-Bretagne connaissant des perturbations parallèles. Par contre, l’effet est bien réel sur la croissance des pressions exercées sur les salariés au nom de la « compétitivité » et sur la circulation de pratiques favorables au grand capital [5].
Pour faire passer les restrictions autoritaires de niveau de vie préconisées par le document Mansholt [6], une relance de la construction européenne s’avère donc vitale. Ce sera chose faite après la levée du veto français contre l’entrée du Royaume-Uni au congrès de La Haye en 1969 et surtout autour du projet ambitieux lancé au congrès de Paris en 1972 de « l’Union européenne » à l’horizon 1980. C’est là véritablement qu’émerge un « gaullisme européen » : il s’agit de faire pour l’Europe ce que de Gaulle a voulu faire pour la France, la constituer en une « troisième force » indépendante des Etats-Unis – en apparence du moins – tout en renonçant à certains secteurs de la souveraineté nationale. En France, cela se traduira par la mobilisation idéologique conséquente autour du référendum sur l’adhésion des nouveaux membres le 23 avril 1972. Seul le PCF appelle à voter non alors que les gaullistes, les libéraux, les démocrates-chrétiens et les centristes soutiennent le oui (les socialistes, en pleine recomposition, s’abstiennent).