NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.
Dernier ajout : 7 janvier 2009.
L’apparente diversité des idéologies de « l’Europe puissance », relais ou adversaire déclaré des Etats-Unis, n’est pas neutre dans le déploiement mondial du capitalisme européen. Elle permet de brouiller les pistes, de flouer l’opinion publique, de masquer les dominations et d’abuser des progressistes sincères. En somme, il s’agit d’une stratégie expansionniste moderne bien menée… Dans la « guerre économique », l’UE est exemplaire : avec les mêmes méthodes que les autres superpuissances, elle se rachète une vertu à peu de frais.
L’illusion sur ce qu’est réellement l’UE à l’intérieur, une construction supranationale antidémocratique dirigée contre la résistance des travailleurs, permet aisément de développer une autre illusion concernant ses interventions et son influence sur le reste du monde.
Lire Les différents visages de l’idéologie « Europe-Puissance »Ecoutons d’abord Javier Solana, Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE et ancien secrétaire général de l’OTAN, qui déclarait dans les colonnes du Monde, le 13 octobre 2007 : « il y a des spécificités qui sont claires : la sécurité collective, c’est l’OTAN ». Difficile d’être plus limpide.
Lire L’Europe, acteur régional de la « pax americana »L’Union Européenne, dans ses relations avec le reste du monde, offre le spectacle original d’un impérialisme à visage nouveau. Elle rassemble depuis 1973 l’ensemble des puissances impérialistes qui ont dominé le monde pendant les deux siècles et demi de développement du capitalisme, Japon et Etats-Unis mis à part. Cela ne signifie pas que les impérialismes anglais, français ou allemand disparaissent, ni même qu’ils fusionnent dans une « puissance communautaire » capable d’intervenir partout où les intérêts économiques et stratégiques européens sont menacés. La « construction » européenne n’abolit pas la domination impérialiste des grandes puissances du continent, elle la renouvelle et la prolonge en offrant de nouvelles modalités et facilités d’intervention.
Lire Un impérialisme complexe et fugitifLa première zone sur laquelle l’Union Européenne tenta de s’imposer comme puissance dominante fut les Balkans. L’ex-Yougoslavie, depuis longtemps sous les vues de l’Allemagne de Bonn, va, au cours des années 90, être considérée comme une sorte de chasse gardée. Situation comparable aux relations que les Etats-Unis entretiennent avec l’Amérique du Sud.
Lire L’émergence d’un « impérialisme communautaire » : les guerres de YougoslavieLes capacités d’intervention militaire des États-membres de l’Union Européenne tout comme la mise en place d’une éventuelle « armée européenne » sont étroitement liées à la tutelle, forcément bienveillante, de l’oncle Sam. Toutefois, l’UE ne peut être tout à fait réduite, surtout depuis une vingtaine d’années, à un simple relais régional de la puissance états-unienne. L’allure de plus en plus fédérale et supranationale des édifices juridiques européens adoptés depuis l’Acte Unique de 1986 ainsi que la multiplication des interventions de l’UE dans le champ diplomatique international extra-européen dessinent les contours d’une politique étrangère commune en gestation. Sans aller contre les volontés du grand frère américain, l’UE peut se permettre de prendre des initiatives propres. Or c’est justement la direction prise par ces interventions, même modestes, qui nous intéresse. L’UE qui parle d’une seule voix est-elle vraiment cette « puissance douce et compréhensive » qu’on nous présente si souvent ou bien peut-on y déceler les germes d’un « impérialisme communautaire » ?
Lire Le recyclage communautaire de l’impérialisme européenLe lancement d’une politique communautaire vis-à-vis de ces pays, prenant le relais des politiques néocoloniales des États-membres comme la France, la Belgique, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, peut être daté de la première convention de Lomé signée le 28 février 1975 avec 46 États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
Lire L’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) : libéraliser pour un pillage en règleContrairement à l’intégration des pays de l’Est, les pays du Maghreb se dirigent vers un régime d’association économique avec l’UE baptisé « partenariat ». S’il n’y a pas de perspective d’intégration à court ou moyen terme de ces pays, les raisons ne sont pas culturelles ou géographiques, faisant de ces anciens « États barbaresques » des prétendus étrangers à l’Europe. Il est surtout beaucoup plus profitable pour le capital européen de s’attacher ces trois pays par des accords de « partenariat » que par le lancement d’un processus de négociation en vue de l’adhésion.
Lire Le Maghreb : périphérie intégrée du capitalisme européenL’ enthousiasme pour l’élargissement de l’Union Européenne vers l’Est a d’abord été partagé par les dirigeants politiques de ces pays avant de toucher ceux de l’UE. Cela malgré l’engagement de ces derniers dans un processus de rapprochement et de « coopération » avec les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) dès les années 1980. Il convient donc de comprendre pourquoi la perspective d’adhésion à l’Union Européenne a constitué un puissant facteur de justification du cours de la « transition » des PECO vers le capitalisme.
Lire L’élargissement européen sur les rails de la dynamique du capital