NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES
Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.
Dernier ajout : 8 mai 2010.
Après une puissante campagne de presse en Allemagne relayant la proposition de certains députés qui souhaitaient que la Grèce vende certaines de ses îles et une partie de son patrimoine culturel pour rembourser sa dette publique, les rédacteurs d’Avante, hebdomadaire du PC Portugais, s’interrogent sur ce que révèlent ces prises de position sur la logique actuelle du capitalisme européen.
Le 9 mai a été promu au rang de « journée de l’Europe » il y a 23 ans. Chaque année, les institutions européennes, les gouvernements des Etats membres s’efforcent d’organiser des manifestations susceptibles de promouvoir la « construction » européenne auprès des « citoyens européens » et de susciter leur enthousiasme. Peine perdue pour l’instant.
Dans l’introduction de sa thèse monumentale sur La Catalogne dans l’Espagne moderne : recherches sur les fondements économiques des structures nationales de 1962, l’historien marxiste Pierre Vilar nous livre ses réflexions sur son utilisation de la théorie marxiste de la nation. Loin des caricatures absurdes qui en sont faites (accusation de nihilisme concernant la nation puis de dérive vers un nationalisme primaire au nom de la défense des voies particulières vers le socialisme), ce texte nous expose en quelques phrases le pouvoir heuristique du marxisme pour la compréhension du phénomène national dans l’histoire.
Citation tirée du premier tome, pages 36-37 :
Tout au long du XIXe siècle, et ce malgré des périodes de développement plus international de la production (hors développement colonial), le capital reste en grande partie un capital national. La structuration des marchés et de la production au cours des premières périodes d’essor du capitalisme industriel se fait aussi principalement à ce niveau. Pour la bourgeoisie, le drapeau national garde alors un intérêt certain tant que la conscience politique qu’il est amené à engendrer dans toutes les couches de la société reste sous son contrôle et ne dégénère pas en essor de la conscience de classe.
Lorsqu’il devient clair que l’attachement aveugle à la nation renforce l’affrontement annoncé des impérialismes, le mouvement ouvrier doit redoubler de vigilance pour ne pas tomber dans les pièges nationalistes. Ce danger est particulièrement présent dans les États-nations européens déjà constitués, là où le nationalisme dominant coïncide avec le soutien de l’agressivité des capitalismes nationaux dans leur compétition mondiale pour le partage des marchés coloniaux et semi-coloniaux.
Depuis de nombreuses années, deux conceptions corollaires sont portées par l’idéologie dominante. La première affirme que l’existence de la nation est, ou dépassée, ou synonyme de régression et d’agressivité. La seconde voudrait que l’intégration européenne soit, en quelque sorte, une continuation de l’idéal de progrès qui sous-tend l’internationalisme. La rhétorique est connue et ressemble étrangement à une fable si ce n’est à un prêche : les hommes s’étant entretués dans la première partie du XX
Le paradigme imprescriptible sur lequel les trotskistes fondent leur doctrine politique est une négation pure et simple de l’existence matérielle de la nation. Pour eux, il n’existe au monde que des classes sociales sans aucune distinction résultant de leur histoire ou de leurs modes de vie.
Nous affirmons que les véritables nationalistes des temps modernes sont ceux qui appellent au renforcement de l’Europe et de sa puissance. Les manifestations d’amour irraisonné à ce nouvel État en construction, comme les affirmations béates (« J’aime l’Europe »), sont autant de signes qui devraient en faire frémir plus d’un, s’ils étaient mis en perspective.
Il n’existe pas de « modèle français », pas plus qu’il n’y a de modèle britannique, allemand ou suédois. Il existe par contre des modes de production, capitalisme ou socialisme, et dans les cas précités il s’agit incontestablement du premier. S’il y a bel et bien des différences en ce qui concerne les situations sociales, celles-ci ne sont en fait que les résultantes d’un rapport de force qui s’exerce dans ces pays, à un moment donné de leurs histoires. Ne nous y trompons pas ! Si la forme que prend l’exploitation capitaliste se révèle fluente, de par les particularismes nationaux, historiques et socioculturels, le fond reste, quant à lui, inchangé : une structure économique basée sur l’accaparement privé des grands moyens de productions et d’échange.